Augmentez la taille du texteDiminuez la taille du texte

Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1)

Version imprimable de cet article Version imprimable



L’article suivant a été écrit pour « LES TEMPS D’ARTS », la toute nouvelle revue éditée par la toute nouvelle FEDERATION REGIONALE DES ARTS PLASTIQUES - F.R.A.P. - qui vous sera présentée prochainement dans ces colonnes.

Fidèle lecteur-trice, artiste ou passionné par l’art, cet article est le point de départ d’un i-forum, pour cela, il vous suffit de vous exprimer en écrivant à l’auteur ou en répondant au forum en fin d’article. Nous répercuterons vos réactions dans la prochaine édition de « Les temps d’art ».

"Art contemporain" , cette expression fleurit actuellement sur les devantures de galeries, de centres d’art, sur les bannières de manifestations artistiques, dans les articles de journaux, dans les conversations des attachés culturels de tout poil : art contemporain par ci, art contemporain par là. Mode ou pas mode ? ça fait dans le vent ou bien ça correspond à une réalité précise ? Hé oui, au fait, ça veut dire quoi, "’art contemporain" ? Il serait grand temps de se poser la question, à l’heure ou s’opère une confusion entre art moderne ou néo-moderne (proposé par la majorité des galeries sous le vocable art contemporain) et art (vraiment) contemporain.

Avant de me plonger dans l’aventure hasardeuse d’en donner une définition, j’ai pris soin de questionner des personnes "compétentes" du monde de l’art, de lire bon nombre d’articles, essais, débats, et voilà, et je m’y attendais, la conclusion est là : chacun a sa propre définition ! avec un écart considérable entre une définition officielle dictée par les théoriciens de bureau et la définition pragmatique de ceux qui créent l’art d’aujourd’hui. Malentendu ou profond fossé ?

JPEG - 7.8 ko
Chieh-Jen Chen
photographie noire & blanc, galerie Alain Le Gaillard
JPEG - 5.6 ko
Gloria Friedman
peinture, galerie cent8

Évidemment, si l’on s’en tient au terme stricto sensu, contemporain veut dire "qui est du temps présent" (in Larousse de Poche), donc l’homme de la grotte Chauvin ou Léonard faisaient de l’art contemporain, à leur époque. Il en serait de même aujourd’hui : tout artiste digne de ce nom, peintre, fresquiste, photographe, graveur, sculpteur, vidéaste, installateur etc. fait de l’art contemporain, à condition bien évidemment qu’il soit le témoin de son époque, ou même anticipe le futur, ce qui le porte toujours à innover, être à l’écoute de son temps, en recherche. Voilà pour la définition ouverte, non sectaire, qui inclut toute oeuvre créée depuis, disons, les vingt ou trente dernières années (selon la rapidité avec laquelle les sociétés évoluent, subjectif).

JPEG - 5.5 ko
Wang Gang Yi
« Pepsi 2002 », lithographie, 160x120, galerie Kwai-Po, Hong-Kong

Mais voilà, il se trouve qu’en France, bien plus qu’ailleurs, dans les milieux institutionnels (musées et centres d’art, écoles d’art, drac, etc.) et journalistiques (Art Press), un consensus s’est dessiné autour d’une définition beaucoup plus restrictive qui dénigre les modèles esthétiques classiques de la vulgate kantienne pour adopter des modèles dictés par l’utilisation des nouvelles technologies ou de nouveaux supports au service d’une nouvelle et grande idée avec un grand I. D’où "art contemporain" = installations (assemblages de médiums les plus inattendus tels que photographie + textes + mise en scène, performance + plantation de choux + repas dans la ville, son +nature+nain de jardin, mur vide +cadre vide).

JPEG - 5 ko
"Prométhée 2002", photographie Marie-Françoise Lequoy-Poiré, non affiliée

On ne peut pas dire que, avec cette acception, l’art contemporain soit figuratif ou abstrait, il est simple mise en scène d’une idée, simple avatar de Duchamp sans lequel l’art n’existe plus. Il délaisse souvent le savoir-faire devenu suspect (l’intervention physique de l’artiste n’est plus indispensable), il n’a plus pour finalité l’esthétique, devenue également suspecte ("esthétique" se dit avec mépris "esthétisant"), le concept de beau universel s’essouffle, la notion d’icône est mise au placard, avec elle, la notion de pérennité, supplantée par l’éphémère ; seuls résistent les concepts d’émotion dans l’instant, ici et maintenant, de sens et d’engagement, d’efficacité, de provocation et d’innovation à tout prix, de mode d’emploi ou de discours d’accompagnement (souvent intellectuel et rebutant). Il n’exclut pas l’idée d’élitisme, et pourtant - et paradoxalement- se voulant interactif, il fait souvent appel à l’intervention physique ou intellectuelle du "regardeur", - s’il ne comprend rien, c’est la faute à l’école qui n’a pas su initier et enseigner les codes...facile, non ?

Donc, et toujours suivant cette acception, l’art contemporain a fâcheuse tendance à être incompris, à être très gourmand en moyens technologiques, en argent, en espace, il ne peut entrer dans votre salon que sous forme de catalogue ou de vidéo, il ne peut être montré que dans les lieux institutionnels ou de mécénat qui se l’approprient totalement. Au détriment d’artistes non sans valeur mais non dans la lignée, non co-optés. L’art contemporain n’est alors qu’un simple mouvement, certes très représentatif d’une génération mais, parce que très exclusif, il frise actuellement l’académisme d’état. Certaines installations sont d’une très grande force (Horn, Parmaggiani, G. Friedman ou Neshat, pour n’en citer que quatre), mais, parce qu’in situ, elles sont fugitives et durent le temps de la mémoire des choses, et il est à parier que bon nombre d’ado-artistes immatures venus bien trop vite sur les devants de la scène tomberont aussi vite dans l’oubli, et que les autres médiums reprendront bientôt la place qu’ils méritent. D’ailleurs, même Catherine Millet, même le Centre Georges Pompidou sont en train de faire leur examen de conscience, c’est dire...


Conclusion ? il n’y en a pas, le malentendu persistera jusqu’à ce que les milieux institutionnels parisiens cèdent leur pouvoir jacobin exorbitant de sélection, parfois dévoyé, qui leur a été confié par un certain ministre de la Culture adulé par certains, détesté par d’autres, suivi par une clique de drac, frac, cnac, crac, mac ou cac. Jusqu’à ce que les galeries, les instances régionales, départementales ou municipales fassent remonter à la surface les vrais talents cachés qui oeuvrent sur leur territoire (et non, comme trop souvent, les talents du dimanche). Jusqu’à ce que les artistes reprennent leur autonomie, leur liberté et leur destin entre les mains, sans attendre que la manne leur tombe d’en haut. Jusqu’à ce que les artistes reviennent à des valeurs qui, de tout temps, ont fait leur preuve, dimension plastique au service du Sens.

Et jusqu’à ce qu’on trouve un autre adjectif. Avez-vous une idée ?


publié le 5 décembre 2014

auteur(s) En diagonale /

Sur www.yaquoi.com, vous trouverez le numéro 2 de « Au fait, c’est quoi l’art contemporain », qui vous propose une petite bibliographie sur le sujet. Dans le numéro 3, vous pourrez lire vos définitions. Un numéro 4 fera la synthèse de vos réactions.

voir http://www.yaquoi.com/Au-fait-c-est...
et http://www.yaquoi.com/Au-fait-c-est...

Réagissez


19 Messages de forum

  • Ah ben bravo ! A cause de vous, me voilà dans l’obligation de refaire toute ma conclusion d’un dossier intitulé : "au XXème siècle, en quoi le non-artistique est-il art ?", ce qui, vous le reconnaîtrez, est tout aussu problématique que votre innocent "au fait, c’est quoi l’art contemporain ?". Et oui, il faut bien que je m
    e rende à l’évidence, votre petit article est bien plus pertinent que mes trois petits paragraphes dont j’étais si fière il y a encore 10 minutes... Alors voilà.
    Ah oui, au fait... MERCI !!!

    Répondre à ce message

  • > Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 24 janvier 2005 18:47, par mflp

    ...effets indépendants de ma volonté de mon modeste "papier"...Vous pouvez aussi consulter les "au fait..." n°2,3, et 4, et de toutes façons, le débat devient obsolète et stérile RePosons plutôt la question fondamentale et ambitieuse "qu’est-ce que l’art, aujourd’hui", ne pas oublier la virgule. Je vous rejoins dns votre question. Où pourrai-je lire votre dossier ? Art Press ? Boz ? ou autre ? merci de me tenir au courant, yaquoi vous donnera mon email si vous lui écrivez

    Marie-Françoise, votre dévouée et bénévole correspondante PACA

    Répondre à ce message

  • MAGNIFIQUE ! C’est bon de savoir que quelqu’un quelque part - en France - ose dénoncer ces imposteurs ! Continuez bien !
    A propos : l’art "naque" n’est pas qu’en France, c’est aussi en Belgique, en Hollande, en Allemagne. C’est partout en fait ! Quel scandale. Ne nous laissons plus faire comme des moutons de Panurge.
    Alain B.

    Répondre à ce message

  • > Au fait, c 15 mai 2006 13:23, par Bruno Hugh

    Bonjour Alain B.

    Je vois que nos proses respectives ont été publiées
    simultanément sur ce site...

    Voici mon point de vue (prenons de la hauteur !) :

    1) Qu’est que l’Art Contemporain ?

    Notre planète a plusieurs millions d’années d’existence.

    Les dessins des grottes de Lascaux, 17.000 ans.

    Donc on peut dire que l’intégralité de la production artistique humaine
    est contemporaine, car très récente en comparaison
    avec l’histoire du monde.

    2) Qu’est que l’Art ?

    Je propose une anecdote :

    Van Gogh, à qui son marchand de pinceaux demandait :
    " - Mais Monsieur... POURQUOI peignez-vous ? "

    Van Gogh a répondu :
    " - Pour émouvoir les gens. "

    Beaucoup d’artistes contemporains ne sont plus sur le terrain
    de l’émotion, mais de la cérébralité, et de ce fait,
    ne prennent aucun risque.

    Michel-Ange, en sculptant son " David " ou en peignant le plafond
    de la Sixtine, prenait, lui, un risque phénoménal.

    C’ést le prix de l’émotion.

    Bien à vous et à bientôt.

    Répondre à ce message

  • > Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 19 décembre 2005 15:18, par Nancy Staquet

    Merci pour cet article indispenssable !

    Oui il faut bien différencier art moderne et art contemporain. Dans l’histoire de l’art, une cassure est née et l’art moderne en est une conséquance avec des idées, des conceptes qui vont dans tous les sens. Ce qui lui donne sa richesse."l’art comtemporain" est né de cette révolution de l’art quand le contraste c’est fait tellement fort , mais c’est une appellation devrait garder son sens premier c-a-d l’art qui ce fait aujourd’hui. l’art moderne lui sera aussi en constante évolution et sera toujours en relation avec ce qui c’est passé avant , une nouvelle façon de voir le monde et de l’interpreter. Inépuisable avec une multitude de courants, de retour même vers le figuratif libre de toutes contraintes.
    Merci
    Staquet Nancy (Belgique)

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 9 mars 2006 14:00, par Bruno Hugh

    Votre texte daterait, il me semble, de 2002...

    C’est néammoins aujourd’hui, jeudi 9 mars 2006, que j’en prends connaissance. Je sors de l’expo "Big Bang" de Beaubourg.

    Et je suis consterné.

    Oui, " L’Art Contemporain" est une imposture,
    les "artistes" méprisent leur public.

    "Artistes", galeristes, marchands et musées se tiennent la main pour préserver leur "pré carré" et sont très forts en discours qui intimident
    le plus grand nombre et défient le sens commun.

    Une grande partie de la production vaudrait à leurs auteurs un séjour
    salutaire en hôpital psychiatrique.

    Sincèrement.

    Répondre à ce message

  • Au fait, c 2 mai 2006 18:00, par riro

    ca fait 1 heure que je cherche c’est quoi l’art abstrait et je ne trouve pas.

    veuillez ecrire un racourcit

    merci

    Répondre à ce message

  • On peut faire simple
    L’art comtemporain d’état est un art scènique qui ne vit que grace aux subventions de l’état et à la pression de quelques collectionneurs ayant acheté des oeuvres dont la valeur artistique n’est que celle de la cote de l’artiste et qui ne veulent pas se retrouver avec des résidus invendables si celle ci s’effondre

    L’art comtemporain quand à lui est l’expression artistique de tous les artistes vivants quels que soient leurs modes d’expression, il est quand à lui dans la misère la plus profonde, 2% des artistes professionnels étant au RMI

    Répondre à ce message

  • Vers les "définitivement assistés des arts " ? 19 juillet 2006 12:52, par Marie-Françoise Lequoy-Poiré

    Je suis un peu d’accord avec vous sur le premier paragraphe, l’art dit institutionnel manipule ou est manipulé par le marché et draine à lui seul toute la manne étatique (alimentée par les impôts et taxes que nous payons tous), (mais n’oublions pas qu’il a existé de tous temps, et heureusement, sinon nous n’aurions ni Michel Ange ni Mozart), je mettrai quand même un bémol : si l’art dit "officiel" existe bien grâce à un réseau et à des subventions qui, disons-le, n’existent qu’en France, il n’est pas forcément et ipso-facto de mauvaise qualité ! au contraire on peut penser qu’une oeuvre qui fait consensus chez les personnes averties est bonne et a ses chances pour traverser le siècle. Mais, bon, je pense aussi qu’il y a déjà et qu’il y aura beaucoup de déchets dans les caves des Fracs et Musées d’art. Et, à cause des réglements et des droits d’auteur, ils n’auront aucun moyen de s’en débarrasser...ni de les vendre...Je me demande ce que cela donnera dans cinquante ans...

    Par contre, vous vous contredites allègrement en vous plaignant de la misère des sous-entendus "vrais" artistes : vous dites que 2% d’entre eux ne reçoivent que le RMI...alors, évidemment, ils préféreraient être certainement dans le saint des saints des Fracs et autres institutions. (donc jalousie de ceux que vous critiquez !), mais dites-vous que le RMI (toujours alimenté par impôts et taxes), c’est déjà mieux que rien et que cela n’existe nulle part ailleurs .

    Et si cet artiste r-m-iste était vraiment un artiste de grand génie et suffisamment intelligent pour gérer son génie, il est probable qu’il aurait été déjà su se faire repérer ici ou là, en France ou à l’étranger. Et que, comme tous les artistes connus, auparavent, il se serait donné les moyens de créer en toute liberté en travaillant par ailleurs pour gagner sa croûte, voyager et se faire connaître. Sans avoir honte de travailler. C’est le prix de la liberté de la création. Sinon l’art devient prisonnier de l’État qui le subventionne.

    Tout cela pour vous dire que j’en ai assez des "artistes" paranoïaques qui se plaignent qu’on ne leur achète pas leur travail (leurs croûtes, souvent) et qu’ils ne sont pas assez assistés par les pouvoirs publics... Dites-vous que tout le monde ne peut pas se dire artiste, contrairement à ce que disait Duchamp, ou bien c’est à ses risques et périls, on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, c’est à dire, la joie et la liberté de créer , l’argent qui tombe automatiquement dans l’escarcelle, que l’oeuvre plaise ou non, qu’elle soit achetée ou non, qu’elle soit bonne ou non. Cela renvoie à la question qu’est-ce qu’un artiste, qu’est ce que l’art ? La mode actuelle remplace le nom d’acteur ou de comédien par "intermittent" ! En sera-t-il de même pour le plasticien ??? Ou bien on parlera-t-on d’"assistés" des arts, puis d’assisté, tout court. Mais où va-t-on ? Ou va l’art ? Moi, je préférerais qu’on parle de "momentantément assisté des arts"...et non de définitivement intermittent assisté des arts.

    Marie-Françoise Lequoy-Poiré

    Bonnes vacances

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 30 octobre 2006 17:30, par frédérique

    Cet été 2006 à Aix, la rétrospective Cézanne montrait bien le cheminement d’un artiste : ses débuts, ses croûtes, ses tâtonnements, les moments où il touche à l’essentiel (dommage qu’il n’y ait pas eu L’homme aux bras croisés), son interrogation finale face à sa sainte montagne. Zola dont le métier était de mettre en mots, s’était inspiré de lui pour un personnage de peintre raté.

    Alors, peindre est un acte complet, qui nous engage entièrement et nous mobilise dans toutes nos dimensions, physique, sensible et intellectuelle. C’est entrer (ou du moins essayer d’) en résonance avec l’ Autre (qu’il soit humain, animal, objet ou thème). On est ce que l’on peint. C’est une forme de méditation (Cézanne méditait beaucoup).

    L’art est aussi un rêve. Comme en rêve, le jour on prend inconsciemment des notes et on réarrange le réel à travers notre filtre. Au final, l’oeuvre est un mélange, une rencontre, entre l’autre et nous. Ceci est aussi valable pour l’art abstrait car on ne peint jamais ex nihilo.

    Bref, peindre est une démarche spirituelle et la première condition dans une telle approche est la sincérité. La malhonnêteté n’est pas l’apanage de l’art contemporain. On n’est pas sincère lorsqu’on s’investit à moitié, que ce soit en se limitant à une approche purement intellectuelle, à des recettes techniques ou à un style. Mais pour un artiste le plus grand danger c’est le snobisme, la recherche de l’approbation des autres, que ce soit par désir de reconnaissance ou par intérêt ou nécessité financière. L’ artiste doit s’efforcer d’être libre et cette exigence même fait partie de la démarche.

    On subit toujours l’influence d’autres artistes, contemporains ou pas, mais le problème ne vient pas de là. Le danger c’est d’être parasité par tous ceux qui tournent autour, vivent de l’art, glosent, essaient de justifier leur paye et estiment être en mesure de juger de ce qui peut être montré ou pas. L’artiste, s’il est reconnu par ce milieu, doit se méfier, afin que son art ne soit pas là que pour corroborer leur discours. Quant à l’artiste qu’ils rejettent, il va douter de lui car leur statut de professionnels de l’art leur confère une apparente légitimité. S’il est autodidacte, amateur et qu’en plus il ne connaît pas les codes, on va vite le lui faire comprendre : çà le déprimera et quand il verra s’étaler à Beaubourg ou ailleurs quelque nouvelle imposture, çà le mettra en rage. Mais bon la liberté commence par le parti de ne pas y attacher d’importance : il faut tracer sa propre route. Tout cela semble assez solitaire mais en fait non car peindre c’est participer au monde, entrer en contact avec lui. Et puis il y a toujours dans votre entourage quelqu’un qui vous dira que vos tableaux lui apportent quelque chose qu’il ne saura pas forcément définir.

    Il y a aussi la puissance de l’image. Celui qui regarde l’oeuvre peut ressentir une forte émotion, d’autant plus forte que rien n’est verbalisé : il entre alors en résonance avec le monde à travers l’oeuvre. Il peut aussi en vivant avec le tableau apprendre un peu de lui. Le moins intéressant c’est l’approche intellectuelle, les références culturelles ou bien la recherche de la nouveauté, de la petite surprise gadget ou encore le dernier scandale créé de toutes pièces, le déballage des angoisses ou obsessions intimes. Tout ceci permet de tenir à distance la vraie révolution que porte en soi une oeuvre accomplie. Et puis, l’artiste doit il enchanter le monde ou le désenchanter ?

    Alors je vais quand même finir par répondre à votre question de 2002 : non, pas d’adjectif s’il vous plaît.

    PS : ce n’est pas évident comme vous le dîtes qu’un artiste « génial » arrivera forcément à se faire repérer surtout si la « gestion de son génie » n’est pas son truc.

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 8 novembre 2006 16:14, par Marie-Françoise Lequoy - Poiré

    Merci de votre intervention. Je prépare un c’est quoi l’art contemporain N° 5, attention, "art contemporain" désigne aujourd’hui quelque chose de précis, qui est bien au delà de la peinture dite "classique", et qui est le reflet de notre époque d’aujourd’hui, et c’st sûr, l’art contemporain n’est pas forcément là pour faire plaisir ou pour plaire, ou pour décorer votre dessus de canapé, il dénonce plutôt notre époque, il en est le porte -parole, et il ne permet pas forcément de rêver...les temps ne le permettent plus, contrairement à cette période romantique bien loin maintenant. Finis les champs de lavande et les marines, finis les paysages de rêve, finis les dames en crinoline et les coquelicots. On parle maintenant de l’homme et de son avenir, de son identité, etc... ça va plus loin que le champ de coquelicots, disons ça va ailleurs. C’est ça l’art contemporain.

    mflp

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 9 novembre 2006 11:57, par frédérique

    En quoi notre temps ne nous permet plus de rêver ? Le 19 ème siècle était bien sombre aussi et le rêve, qui ne se limite pas aux crinolines et aux coquelicots, peut très bien s’exprimer d’une manière contemporaine. Ne confondez pas rêve et rêvasserie. C’est à l’artiste d’être suffisamment créatif et porteur pour aller au-delà des seules interropations et enregistrements de son époque. Il doit avant tout être porteur d’une vision et ne pas se contenter de seulement témoigner.
    Finalement pour ce que j’en vois l’art contemporain se définit comme un art qui justement ne va pas vers l’avenir et n’est porteur de rien : c’est bien ce que beaucoup lui reprochent.
    Vous assimilez rêve et nature : je constate que l’art contemporain se coupe de ces deux thèmes.

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 9 novembre 2006 13:18, par mflp

    Je ne confonds pas, je constate... Si, l’artiste contemporain se préoccupe du thème de la nature, non pas en la copiant ou la décrivant (sauf peut-être les land-artistes, et encore...eux ne la copient pas, ils la mettent en valeur), mais en dénonçant ce qu’on en a fait, et en criant au secours ! voilà toute la différence... L’art qu’on appelle contemporain ne saurait se contenter de copier ce qui a été si bien fait à d’autres époques, avant l’avènement de la photographie, il est, j’en conviens, pas toujours porteur de rêve et d’utopie, mais ne dites pas qu’il n’est porteur de rien, c’est archi faux, et c’est ce qui dérange le plus, il est porteur d’interrogations. Le monde n’est-il pas en danger ? Voilà ce qu’il crie. Et, je me répète, "art contemporain" désigne aujourd’hui quelque chose de bien précis. Je ferai le point sur tout ça en janvier sur ce site. Si vous avez le courage, consultez l’article sur les biennales de Venise, vous y trouverez des exemples de ce qu’est l’art contemporain international.
    Et je n’y peux rien, ni vous non plus, l’époque n’en est plus au rêve, ni à la religion, ni à l’illusion, elle en est à l’interrogation sur l’avenir. C’est de cela que traite l’art contemporain, et bien plus encore

    artistiquement vôtre...

    mflp

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 12 novembre 2006 12:35, par frédérique

    Au fond nous sommes d’accord : je crois que vous venez de très bien résumer ce qu’est l’art contemporain : UN ART DONT L’OBJET PRINCIPAL EST DE "CRIER AU SECOURS". Sa manière de se tourner vers l’avenir c’est l’interrogation, l’angoisse.

    La question que je pose c’est : faut-il se contenter de cette approche de l’art ?

    Une seconde question est : n’y a t’il pas actuellement une censure de fait vis à vis d’expressions artistiques qui ne se placeraient pas dans la démarche angoissée et interrogative de l’art contemporain ?

    L’appel au secours et les interrogations sur l’avenir ont leur place mais c’est insuffisant. il doit exister parallèlement des artistes qui proposent des solutions pour un autre avenir et d’autres encore qui contemplent. Je me suis mal fait comprendre quand je parlais de "porter". Par ce mot je veux dire porter par son art une proposition ou encore une spiritualité.

    Ce qui est grave aujourd’hui c’est que le public a l’impression que les artistes contemporains actuellement mis en avant sont tous soit dans une cérébralité desséchante soit dans une vision angoissée ou dépressive . C’est vrai que bon il y a de quoi mais reconnaissez que çà devient la posture !

    Il ne s’agit pas non plus sur le plan de la forme de copier le style des grands artistes du passé. Il faut utiliser aussi les formes modernes d’expression et les nouveaux médias. Mais bon si des peintres vivants se sentent mieux dans l’huile figurative et peignent comme Rembrandt, ce serait bien qu’ils aient aussi leur place dans l’art exposé. Un artiste doit être libre, libre de sa forme d’expression et de sa vision angoissée, contemplative ou autre, sans être pour autant taxé de ringard, d’esthétisant, etc... et écarté derechef càd censuré !

    Je ne suis pas passéiste mais je vois toujours les mêmes dénonciations et je pense qu’il faudrait passer à l’étape suivante. Inventer un art nouveau qui s’autoriserait si nécessaire à prélever dans les arts du passé, parce qu’on ne construit pas l’avenir sans s’appuyer sur le passé.

    Où peut-on trouver l’article sur la Biennale de Venise ?

    Merci pour cet échange

    Répondre à ce message

  • http://www.yaquoi.com/51eme-BIENNAL..., et puis liens vers 2 et vers 3, et si vous avez du temps à perdre, vous allez dans http://yaquoi.com/-Actus-Arts-, et vous lirez les 150 articles que j’ai pu écrire sur l’art contemporain dans notre région.

    Vous avez mille fois raison, mais je pense que pour tirer ou attirer les gens, il faut maintenant y aller de + en + fort, faute à la dramatisation perpétuelle adoptée par les médias. Ceci dit, j’aime toujours la peinture, et je suis toujours étonnée qu’elle puisse encore inventer ! J’aime la nouvelle peinture allemande, et parfois même un rare peintre français arrive à m’émouvoir. Mais je me rends compte que ce je cherche dans la peinture d’aujourd’hui, c’est du sens ou un message, une idée, avec un vrai savoir faire, et une vraie créativité, ce qui devient extrêmement rare. Non, aujourd’hui on ne peut pas peindre comme Rembrandt, c ’est tout à fait impossible. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas à la même époque et que ce qu’on a à dire, on ne peut le dire qu’avec le langage de notre époque, sinon on est dans " à la manière de...", desséché de sens et d’émotion. Par contre, qu’on cherche à élever l’humanité vers la philosophie, la métaphysique ou une plus grande spiritualité, oui, cela peut encore être un thème de l’art d’aujourd’hui. Evidemment. Mais les jeunes générations sont peu enclines à ce genre d’exercice. Ce n’est en ce moment pas leur truc. Leur truc, c’est leur égo, le jeu, le politique, l’écologique, la dénonciation, l’hédonisme, le relationnel, l’expérience, et d’autres choses encore.
    Vous avez parlé de censure ? je n’irai pas jusque là, mais je parlerai d’académisme institutionnel, oui, parfois. Et vous avez raison.
    Etes-vous peintre ?
    mflp

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 16 novembre 2006 10:56, par frédérique

    Oui je suis peintre et je trouve bien dommage pour la nouvelle génération qu’elle se coupe, en optant massivement pour la video et les installations, du plaisir du geste créateur.J’entends par là la sensation ressentie par les peintres et les sculpteurs du contact avec la matière et de ce qui lui permet d’être comme un danseur dans le mouvement du monde ou encore comme un musicien dans le rythme universel, c’est un peu difficile à exprimer. Mais c’est la réponse d’une génération qui vit dans l’agitation et qui est confrontée à la déferlante des images : c’est logique qu’avec la video et le numérique ils se réapproprient tout ce matériel et essaient de lui donner sens. La peinture et la sculpture n’en mourront pas pour autant mais au contraire pourront s’en enrichir, ne serait-ce que parce que tous ces possibles, toute cette facilité offerte par ces techniques obligent peintres et sculpteurs à se poser la question du pourquoi de leur art, comme la photographie l’a déjà fait en son temps. Une partie de la réponse me paraît tenir dans l’aspect corporel : comme je le disais dans mon premier mel, peindre est un acte complet.

    Répondre à ce message

  • J’ai mal du cliquer sur la souris et je dois réécrire ma réponse. Du coup, il y aura peut-être deux réponses à peu près identiques !

    En effet, je suis peintre. C’est pour çà que je trouve dommage pour la nouvelle génération de se priver, en optant massivement pour la vidéo et les installations, du plaisir du geste créatif. J’entends par là la sensation que seul procure le contact avec la matière, cette impression de prolongement et de participation au monde, comme un danseur au plus près du mouvement universel. C’est un peu difficile à exprimer.

    Mais cette génération vit dans l’agitation et sous la déferlante des images : il est logique qu’elle choisisse de se les réapproprier et de leur donner sens par les moyens de son temps, vidéo et numérique.

    La peinture et la sculpture n’en mourront pas et s’en enrichiront, ne serait-ce parce que, comme l’a déjà fait la photo, ces nouvelles techniques, avec tous les possibles et la facilité qu’elles permettent, vont obliger les peintres et les sculpteurs à mieux définir ce qui les engage dans leur art. Une des réponses me semble être l’acte corporel : comme je le disais dans mon premier mel, peindre est un acte complet.

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 6 décembre 2009 10:37, par traversee

    Bonjour
    je trouve trés intéressant tout ce qui se dit ici mais apparemment plus rien depuis 2006...

    Je trouve l’article de départ trés pertinent et pas du tout bla bla,
    simplement je voudrais poser une question

    dans le parcours d’un artiste qui a réussi, que s’est-il passé ?
    Quel est l’événement-déclic (rencontre, hasard, réseau,copinage, intervention d’un professionnel, galerie, collectionneur) qui a fait monter brusquement l’oeuvre en puissance et en cote ?

    Pourquoi certains réussissent et vendent des millions de dollars et d’autres pas alors qu’ils ont un savoir faire et une puissance créatrice.
    Merci d’avance de votre réponse.

    P.S. Avez-vous réalisé le magazine ART FRAP finalement ?

    Répondre à ce message

  • Au fait, c’est quoi l’art contemporain (n°1) 22 février 2010 11:10, par Marie-Françoise Lequoy - Poiré

    Depuis 2006, rien... mais si, l’art est en marche, il continue, change à tout instant, et je pense que, crise oblige, on en a bientôt fini avec les grosses grosses et coûteuses installations, on revient peu à peu au... dessin, à des choses "bien faites", ou même à de petites micro-installations (voir biennale de Lyon, ou, à Nice, Longo ou Delvoye qui utilisent le dessin). Et je pense aussi que l’art aujourd’hui a tellement de choses à nous dire sur ce monde angoissé par son avenir. Mais je pense aussi qu’on va revenir vers un art de l’émotion, le concept pur et dur que nous avons eu en France, c’est fini. L’"académisme" institutionnel, est en train de mourir, les lieux alternatifs fleurissent, et c’est tant mieux. Mais tout ceci n’engage que moi et mon intuition.

    Répondre à ce message

radio
Departements Alpes-de-haute-provence Hautes-alpes Alpes-maritimes Bouches-du-rhône Var Vaucluse
L'été des festivals
Pub... Annoncez-vous
 
Suivre la vie du site RSS 2.0 | Lettre d'information | Inscrivez-votre évènement | Contact | Mentions légales | Annonceurs | Propulsé par spip | © 1999 - 2017 PariMédia