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DESSIN CONTRE NATURE, dessins de Philippe COMAR à la Villa Tamaris

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PHILIPPE COMAR

"Dessin contre nature"

Villa Tamaris, la Seyne sur mer 17 février 24 avril 2018

Les salles du rez-de-chaussée de la Villa Tamaris sont toujours accueillantes pour les artistes, aussi éclectiques que soient les choix des commissaires, leurs œuvres, dans ces pièces aux dimensions plus intimes y gagnent en unité, et des accrochages judicieux nous permettent d’approcher l’aventure d’une démarche artistique.

De l’unité donc. Ici, évidente et simple : la technique - le crayon graphite sur papier, la couleur - le noir et le blanc, plutôt le gris, la pratique - le dessin, le dessin, le dessin. Philippe COMAR dessine ; tout le temps, partout : dehors, mais moins les grands espaces que les "objets" qu’ils contiennent, les roches, les écorces, des fragments de nature et dedans. Les lieux clos, confinés, encadrés sont d’inépuisables et gigantesques cabinets de curiosité pour ce boulimique raisonné collectionneur de forme. On le suit dans les endroits les plus inattendus : serre tropicale du Jardin des Plantes, Musée des Beaux-Arts, de minéralogie, de la marine, Musée Guimet Dupuytren ou Musée de l’air ; salon de l’agriculture, école vétérinaire, hôpital Saint-Louis, zoos, aquariums, gare, cirque, égouts, carrières et autres catacombes... et aussi dans une locomotive de collection, dans sa salle de bain, sur son lit. Culture contre nature ?

Car Philippe COMAR ne regarde jamais sans interroger le réel. Avec son seul crayon et sa gomme, s’il traque la diversité infinie des formes, s’il adhère aux apparences, c’est pour essayer d’en comprendre les causes, remonter aux lois qui gouvernent les phénomènes, comme le préconisait déjà Léonard de Vinci. Et quel meilleur terrain de jeu que le Muséum d’Histoire Naturelle où des jours durant il a dessiné "avec avidité ces squelettes et ces corps soigneusement épluchés, n’abandonnant les crayons que tard le soir dans une sorte d’ivresse confuse et hallucinée."

Se nourrir jusqu’à l’ivresse des objets du réel (machine, viscères, plâtres d’atelier, hippopotame nageant ou truite endormie, cristaux et lotus, tableau de Gustave Courbet…). Pour Philippe COMAR, le dessin est l’incontournable condition de la possibilité de la connaissance, il est LE médium qui permet à l’esprit de se rapprocher des choses. Objet graphique autonome, l’image détachée de l’objet transforme la réalité, en la fixant, elle la rend approchable : il faut faire encore et encore des images pour parvenir à capturer la complexité du monde. Dessiner n’est pas imiter mais reconstruire. "Pour le dessinateur attaché au dessin d’observation, le vrai mystère n’est pas l’invisible, mais le visible (…) plus on parvient à démêler la confusion qui nous entoure et plus l’évidence de ce que nous voyons apparaît comme une énigme plus grande." Dessiner contre la nature, la nature des choses comme adversaire. Faire des images serait une forme de survie ?

L’adversaire, le réel, sera plus vulnérable s’il est déjà circonscrit, fixé à l’intérieur d’un cadre. Philippe COMAR choisit son terrain : les musées, les aquariums, les fosses et les cages des animaux du zoo, les eaux prisonnières de leurs reflets, la nature en tube étiquetée, les fœtus en bocaux, l’exiguïté d’une baignoire. L’enfermement pour capturer le chaos, traquer la forme. "La cage, comme la feuille de papier est un lieu où apprivoiser le réel."

Le dessin est une affaire de temps, celui de la réflexion et du mouvement de la pensée ; la tête et les mains ne réagissent pas de la même manière en présence d’une vache, de membres de chevaux écorchés ou d’un intestin grêle de poulain du XIXe siècle fixé et étiqueté sur son socle : lignes frémissantes ou précision d’un dessin "léché" en valeur. Pour affronter le réel il faut aussi maîtriser ses émotions, et le temps. Il y a des instants et des moments : les lignes claire nous proposent une version simple du monde complexe et les clair-obscurs aux séduisantes lumières voilées nous incitent à en percer l’énigme.

La quête de la connaissance ne va pas sans une certaine inquiétude, elle nous oblige à affronter l’évidence de la mort pour comprendre la vie. L’artiste dessine des animaux empaillés ou disséqués, des moulages de têtes décapitées, fait des croquis de sa grand-mère et de son père sur leur lit de mort. En dessinant des cadavres d’animaux ou de monstres, il est à la recherche d’une limite du beau "ce n’est qu’en dessinant que l’on parvient à dépasser nos préjugés et à expérimenter qu’il n’existe dans l’absolu rien de laid". Dessin contre la nature - dessiner contre la nature, le beau dans la nature et le beau dans l’art seraient-ils en concurrence ? On a interprété la Mélancolie de l’Ange de DÜRER comme un échec à définir la beauté.

Lilyane ROSE

Un excellent catalogue (35 €) accompagne l’exposition et serait même indispensable. On y trouve les cartels de chaque œuvre exposée et les commentaires et propos très vivants de Philippe COMAR.


publié le 9 avril 2018

auteur(s) En diagonale /

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