Achevés par fragments en Amérique, commencés en 1940 lors de son exil en Finlande, Brecht est alors déchu de la nationalité allemande, les « Dialogues » se jouent sur un fond de basculement des nations civilisées vers la grande barbarie du 20e siècle.
Renouant avec la tradition des dialogues, Bertolt Brecht renvoie les personnages archétypaux dans les coulisses et invente, avec une modernité détonante, des rôles de théâtre dans toute leur complexité émotionnelle, intellectuelle et charnelle.
Deux étrangers, réfugiés de l’Allemagne nationalesocialiste, se rencontrent fortuitement à Helsinki. Le premier, Ziffel, est un scientifique féru de physique atomique. Il écrit ses mémoires. Le second se nomme Kalle, et constitue le travailleur prolétarien si cher au dramaturge allemand.
Intimes, politiques, sociaux et historiques, leurs conversations successives abordent une large palette de sujets et témoignent de cette qualité rare que possédait Brecht de véhiculer des notions profondes avec des mots de tous les jours. Et avec une ironie mordante, décalée, pressée à froid, souvent noire et en creux. Cette « ironie » des choses, Hegel l’appelait la dialectique et la meilleure école pour la dialectique, disait Brecht, c’est l’émigration. Deux exilés face à face, deux acteurs, Valentin Rossier et Jean-Quentin Châtelain, sous quelques lumignons tendus de guirlande en guirlande, comme si, au ciel des idées, des flammèches brûlaient encore.






