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Dionysos, une orgie d’énergie

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Dionysos était de passage le 9 mai 2003 à Toulon, pour y donner un concert survitaminé. Mathias, chanteur et sauteur de Dionysos, a reçu l’équipe de choc d’interviewers en herbe de Yaquoi.com. Il a donc eu le privilège d’essuyer les plâtres de nos débuts de journalistes amateurs, dans tous les sens du terme.


- Yaquoi.com : Quel est votre positionnement par rapport à la scène musicale actuelle ? Par rapport à Bénabar, Vincent Delerm, Sanseverino, à la chanson « réaliste » … ?

- Mathias, de Dionysos : Je me sens totalement à l’écart de tout ça. Dionysos n’a pas le désir d’être élitiste, de faire des exercices de style dans une mouvance « intello ». Je considère par exemple Vincent Delerm comme trop précieux, je ne suis pas touché par son écriture, même si elle est de qualité. On n’a pas ce désir d’appartenance à une scène particulière. On a notre propre sensibilité.

En revanche, je suis très touché par des artistes comme Brel ou Ferré, dont on a fait une reprise (« Thank You Satan »). Mais eux avaient un rapport brut à la matière, sans sophistication. Sur la scène actuelle, je me sens très proche de Noir Désir, même si on ne fait pas du « Noir Désir ». C’est le groupe français qui m’a donné envie de faire ce que je fais. J’aime leur urgence, leur danger, les risques qu’ils prennent.

- Y. : Dionysos serait-il le dernier groupe punk sur terre ?

- M. : On peut dire qu’on a un état d’esprit punk. Et on écoute beaucoup des groupes comme The Kills, The Strokes ou The White Stripes pendant les trajets de la tournée. Mais je peux très bien écouter Björk, Frank Sinatra ou Dominique A. En fait, je marche à l’envie.

- Y. : Pourquoi, ce printemps, une tournée acoustique, puis électrique ? Est-ce un choix, une contrainte matérielle, une opportunité … ?

- M. : C’est un choix personnel, car la maison de disques - Tréma - n’était pas pour des dates acoustiques au départ, ils ne nous ont pas spécialement aidé sur ce coup-là. C’est compréhensible, car ils ne sont pas sur le terrain. On a donc dû répéter dans mon garage, vers Valence, comme à nos débuts. Mais la couv’ que les Inrocks nous ont consacrée [1] a facilité les choses et rassuré la maison de disques.

Pour la tournée acoustique, on a répété pendant 3 semaines. On a fait 10 dates en 20 jours. Puis on a répété pour la tournée électrique de 15 dates. Ensuite, on est passé à la répétition et à l’enregistrement de la reprise de Ferré, et enfin la tournée a débuté.

- Y. : Qu’est-ce que vous prenez au petit déj’ pour fournir tous les soirs une telle débauche d’énergie ?

- M. : Seulement des bananes ! C’est vrai qu’on est sur les rotules après, mais on a appris à se reposer car, auparavant, on pouvait enchaîner 12 dates à la suite ! Et à présent, on est plus sage après les concerts …

- Y. : Il y a beaucoup d’improvisation dans vos concerts, comment le gérez-vous ?

- M. : Ca dépend des soirs. On aime bien arriver pour la première fois dans une salle. Et on repart à zéro chaque soir. Mais dans le sud-est, il n’y a pas toujours grand monde dans nos concerts, alors que l’Olympia est déjà complet. (Marseille 2 jours avant : 500 - A Toulon ce soir : à peine 200 réservations - on sera finalement environ 500 dans une salle bien remplie).

- Y. : Vous parlez beaucoup de longboard dans vos chansons. Pourquoi ça plutôt que des patins à roulettes ?

- M. : J’aime bien le côté contemplatif du longboard. On pousse, on se pose et on peut observer.

- Y. : Pourquoi y a-t-il beaucoup de textes en anglais ? Est-ce délibéré ?

- M. : Ca n’a pas d’importance pour moi, j’arrive à avoir les mêmes sensations. Mais bien sûr, mon influence est très anglophone, et puis l’anglais est plus souple que le français. Mais plus j’avance dans le temps et plus je pense que j’irai vers des albums tout en français, car le risque est plus grand : le message est tout de suite compris par le public, il n’y a pas la barrière protectrice de la langue « étrangère ».

- Y. : Quel accueil recevez-vous à l’étranger ?

- M. : Il est très bon. On a fait des concerts aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse … Bien sûr, au départ, c’est un peu difficile. Par exemple, nous sommes passés un soir dans un festival aux Pays-Bas, à 2 heures du mat’, après 6 groupes et on était sifflé par le public qui ne nous connaissait pas. Mais au fur et à mesure du concert, le public a accroché et le concert a été très bon.

- Y. : Mathias, tu as écrit un recueil de nouvelles [2]. L’écriture, ça fait longtemps ?

- M. : Oui, ça fait très longtemps que j’écris. Je mets l’écriture au même niveau que la musique. J’aimerais bien faire des films, par exemple avec Jim Jarmusch (réalisateur « indépendant » américain : « Dead Man », « Ghost Dog », « Year of the Horse » sur une tournée de Neil Young & Crazy Horse) …) et travailler sur des bandes originales de films. D’ailleurs, notre album live, qui va bientôt sortir, sera accompagné d’un DVD, avec des films en vidéo 8.

- Y. : Sur le plan artistique, vous accordez aussi beaucoup d’importance aux pochettes.

- M. : Oui, on accorde de l’importance à tout, rien n’est laissé au hasard. Et on considère un album comme un objet d’expression en soi, au delà de la musique. Tout est bon pour s’exprimer et on fait tout nous-mêmes, ou bien nos amis s’y mettent, comme pour les pochettes.

- Y. : Vous êtes donc assez autonomes et indépendants. Envisagez-vous de créer votre propre label dans l’avenir, comme l’a fait par exemple Rodolphe Burger de Kat Onoma (label Dernière Bande) ou dans l’esprit d’unités de productions comme Noir Désir (ND Productions) ou Zebda (Tactikollectif) ?

- M. : Non, car c’est difficile et ça représente beaucoup de travail et d’investissement en temps et en énergie. Chacun son boulot, mais en revanche, il faut faire 100% confiance aux gens avec lesquels on bosse, ce qui est notre cas avec les gens de Tréma. Il ne faut pas devenir despote de son art, il faut savoir écouter les autres.

- Y. : Vous sentez-vous engagés ? Car vos textes sont plutôt surréalistes …

- M. : L’écriture, la musique, sont des actes politiques en soi, donc oui, nous sommes engagés, mais nous ne tombons pas dans la démagogie. Par exemple, on fait ce qu’on peut contre le FN, mais on ne va pas crier des slogans convenus et partagés par l’immense majorité de notre public aux concerts. Je pense que, si le message est trop direct, ça peut leur faire de la pub, car le danger actuel du FN, c’est qu’il arrondit les angles.

- Y. : Quels sont les groupes que vous trouvez engagés ?

- M. : Noir Désir, que nous admirons beaucoup, avec des chansons comme « Un jour en France », ou Zebda, pour lesquels j’ai un profond respect même si je n’apprécie pas spécialement leur musique.

- Y. : Votre dernier album [3] a été produit par Steve Albini, qui est une légende vivante du « rock indé » US (Nirvana, les Pixies …). Comment vous y êtes-vous pris ?

- M. : Le plus simplement, en lui envoyant une démo par cassette. Lui, c’est un bel exemple d’engagement politique car il ne demande aucune avance, ni de points sur les albums vendus, mais il veut simplement être payé par avance et il paie tous les gens qui travaillent avec lui au même salaire. C’est un vrai artiste militant, et non pas un militant artiste.

Christel, Julien et Stéphane, pour Yaquoi.com


publié le 12 avril 2008

auteur(s) Christel / Julien / Stéphane /

[1] « Dionysos : la vraie victoire de la musique », numéro daté du 26 février 2003

[2] 38 Mini Westerns (avec des fantômes), 96 pages, 15€, paraît aux éditions Pimientos, Basa Buru ? Chemin de Camieta, 64122 Urrugne

[3] « Western sous la neige », 2002, Tréma

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