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"EDUARDO ARROYO -la force du destin-", à l’Hôtel des Arts

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C’est à l’Hôtel des Arts, jusqu’au 10 janvier

EDUARDO ARROYO
Le force du destin

par Lilyane Rose

Qui êtes-vous Monsieur A. ?

Tout commence par une bien étrange image : un homme en costume noir chute, la tête en bas, dans un escalier aux allures de drapeau espagnol *. Accident, suicide, meurtre ? Mais qui est la victime ? Pour indices , des macules de couleurs sur le visage et les mains que l’on retrouvera souvent comme signature de sérial-killer ; ils conduisent à déduire qu’il s’agirait d’un peintre (la victime ou l’assassin ?). Et il nous revient en mémoire cette vieille affaire de 1965 où déjà Monsieur A., avec ses petits camarades Aillaud et Recalcati, avaient commis une œuvre mettant spectaculairement en scène l’assassinat de Marcel Duchamp **. La raison de ce meurtre symbolique : exprimer sa volonté de rompre avec un art moderne intellectuel et élitiste, parce que Marcel Duchamp «  incarne aujourd’hui, d’une manière si indue, et non par hasard, ce dont précisément l’humanité est le plus dépourvue : l’esprit d’aventure, la liberté d’invention, le sens de l’anticipation, le pouvoir de dépasser ».

Monsieur A . n’est pas avare de signes dont il jalonne à dessein une œuvre fortement située dans un rapport autobiographique. Cependant, il se plaît aussi à brouiller les pistes. Ainsi, les autoportraits : ils identifient l’auteur certes, mais ils sont souvent schématiques, caricaturaux, salis, déguisés, dissimulés même derrière l’image d’autres artistes, de personnes célèbres ou anonymes. Il se joue de nos certitudes en semant des détails anecdotiques très identifiables : des rats, des mickeys, des danseuses espagnoles, des boxeurs, des sardines, des jeux de mots... ! Comme pour un grand jeu de (fausses) pistes. De vraies photographies aussi, mais brouillées par des calques ou une pluie de pastilles, qu’il peut accumuler et juxtaposer pour faire apparaître une naïve image « subliminale », chaussures de femmes ou, élémentaire bien sûr, la silhouette de Sherlock Holmes ! Un mélange d’histoires personnelles d ’albums photographiques et de documents médiatiques qui sont comme autant de pièces à conviction à décrypter. Il aime à nous désorienter avec ses tableaux aux deux dimensions affirmées, sans illusionnisme spatial, comme des écrans qui nous maintiennent à distance. Les couleurs en aplat, bien séparées par un subtil interstice non peint, les ombres absurdes, les objets pourtant reconnaissables mais parfois défigurés font s’égarer l’œil qui tente de recoller les morceaux pour donner un sens à cet espace vide, sans repères spatiaux rationnels. Le temps est suspendu mais pas figé, il se passe quelque chose, ou quelque chose s’est déjà passé. L’imagination exaltée nous transforme en enquêteurs devant une énigme dont nous n’aurons pas vraiment la réponse.

La peinture de Monsieur A. est et sera peut-être toujours autobiographique, mais les œuvres ne sont plus obsessionnellement dénonciatrices, l’exilé politique ayant retrouvé sa place dans un pays qu’il avait rejeté ne s’attaque plus au franquisme mais à la peinture elle-même. Il est avant tout un peintre qui affronte le tableau comme un adversaire redoutable et qui, dit-il, lui fait peur. La parodie, le pastiche, l’emprunt au musée imaginaire, aux grands maîtres sont autant d’interrogations sur la peinture elle-même. « Le peintre et la modèle » de 1990 est un concentré des problématiques récurrentes auxquelles ont été confronté tous les grands maîtres contemporains (et anciens) : réalité, réalisme, corrosion et détérioration de l’image, dessin et couleur, forme et fond, matière/aplat … etc, etc.

Monsieur A. nous a entraîné (aux deux sens du terme) dans une aventure picturale pleine d’embûches, mêlant l’anecdote, de mystérieuses histoires, l’ironie, les phantasmes, comme dans un feuilleton cinématographique. En perturbant radicalement les codes de la représentation, il a réussi à nous scotcher devant des œuvres où nous balançons entre attirance et répulsion. Mais si elle reste énigmatique, son œuvre n’en est pas moins rigoureuse et grave. « La peinture n’est pas un jeu. Il n’y a rien de moins innocent  ». Le seul doute qui peut être levé après avoir parcouru cette exposition, est que Monsieur ARROYO est bien un authentique artiste qui, comme dans son emblématique « Carmen Amaya frit des sardines au Waldorf Astoria » de 1988, est dévoré par la peinture.

« Plus tu avances, plus le tableau devient insaisissable. Mais je ne crois pas avoir changé, ce sont mes thèmes qui ont évolué »


* "Habillé descendant l’escalier", 1976
**" Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp", 1965

voir www.hdatoulon.fr


publié le 2 janvier 2016

auteur(s) En diagonale /

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