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ESPRIT ES-TU LÀ ? Un genre de rétrospective d’Arnaud LABELLE-ROJOUX à la Villa Tamaris

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ARNAUD LABELLE-ROJOUX :
"ESPRIT ES-TU LÀ ?", un genre de rétrospective.


TOI QUI ENTRES ICI, ABANDONNE TOUT ESPOIR...

… Alors tu pénétreras dans le domaine d’un artiste iconoclaste, à l’humour potache qui, en digne enfant de Dada, tente de décloisonner les frontières entre l’art et la vie. D’emblée, tu seras mis à l’épreuve du poids des conventions devant une cimaise à l’ancienne, saturée de « tableaux de maîtres », peints sur toile, couvercles en carton et même poêle à frire – candides hommages à tous les toutous que nous avons adorés-.

Passé le premier cercle, tu seras accueilli par un indescriptible magma vert devant un fond rouge, espèce de cartel géant sur lequel des majuscules tracées « à l ’arrache » proclament : MR BROCOLI + FORT QUE HULK. Puis un éclatant et foutraque char de carnaval chargé de choses inimaginables, tiré par deux canards empaillés, t’attendra (« char des conjurations profanes. » 2012.). Si tu es prêt à te laisser séduire par l’innommable cocher de ce véhicule psychopompe, tu devras renoncer maintenant au confort de tes certitudes et succomber aux délices de la trivialité, de l’humour Almanach Vermot, de la provocation. En guise de viatique, cette question, déjà posée par Marcel Duchamp en 1913 : « Peut-on faire des œuvres qui ne soient pas d’art  ? ».

Une réponse d’Arnaud Labelle-Rojoux avec « Le miracle familier »- 2009 : une sculpture grandeur nature d’un âne assis tenant entre ses pattes un « vrai tableau » aux couleurs rougeoyantes – une référence directe à Joachim Boronali qui, en 1910, exposa un « coucher de soleil » exécuté par son âne, un pinceau attaché à sa queue !-

 Du dégoûtant et du bas étage – des sculptures criardes – des images grivoises – un humour scatologique – des aphorismes idiots – des goûts tendancieux – un art qui touche le fond... etc, etc. Arnaud Labelle Rojoux en effet pratique un « art décomplexé ». En avilissant nos modèles, il force le spectateur à une confrontation avec le grotesque, le sale et le sexe, mettant délibérément à mal nos sensibilités et nos réflexes acquis. Mais, au détour d’un slogan, il nous apaise : «  Détendez-vous, ce n’est que de l’art  » !

L’exposition de la Villa Tamaris est conçue comme une vaste installation – un capharnaüm, diront certains – où chaque objet est autonome mais fait intrinsèquement partie du tout. Ce qui nous déstabilise, c’est la cohabitation, sur le sol et les murs, d’images bricolées, d’œuvres énormes ou minuscules, lisses et bien proprettes, ou délibérément immondes, d’aphorismes gribouillés, de souvenirs perso. L’artiste, en « maître du désordre  » (1), nous fait zigzaguer entre le majeur et le mineur, inverse l’ordre des valeurs : l’obscénité et l’idiotie passent avant la mesure et l’esprit. Nous sommes plongés dans une confusion qui nous empêche d’appliquer notre grille de lecture.

Quoi de plus approprié alors, de plus esthétiquement incorrect que l’utilisation de la mousse de polyuréthane comme matière de prédilection pour un artiste qui revendique un art sans limites. Une matière ambiguë dont on ne sait si elle appartient au domaine de la sculpture ou de la peinture, une matière proliférante, inquiétante, au flux (Fluxus) difficilement contrôlable.

Le chemin est jalonné de crânes, de masques, de spectres, de corps morcelés, d’objets rituels, d’animaux inquiétants, de monstres en décomposition, de diables. On navigue entre le comique et l’effroi, tentant comme au carnaval de conjurer nos peurs par un rire énergique et libérateur. Désormais rassurés dans nos questionnements existentiels (« tous les êtres humains sont bio-dégradables, même Mick Jagger  ») , nous pouvons maintenant franchir le dernier cercle avec cette recommandation : «  Soyez malins, après la retraite, visez l’enfer ».(2)

(1) A participé à l’exposition « Les maîtres du désordre » - 2012 – Musée du Quai Branly.
(2) Affiche pour l’exposition de Bordeaux. 2011.

Lilyane ROSE


C’était du 09-04-2016 au 19-06-2016.
Pour ceux qui n’ont pas pu voir l’exposition ou pour ceux qui aiment garder des traces d’une visite à la villa Tamaris, un catalogue a été édité et est en vente à la Villa.

crédit photographique courtesy villa Tamaris /ou mflp.yaquoi prises le soir du vernissage


Prochain article : Jean-Christophe Molinéris



publié le 22 juin 2016

auteur(s) En diagonale /

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