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"JE NE SUIS QU’UNE IMAGE", EXPOSITION D’ALAIN FLEISCHER À L’HOTEL DEPARTEMENTAL DES ARTS DE TOULON

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"Je ne suis qu’une image"

5 mai – 24 juin 2018

ALAIN FLEISCHER, L’ILLUSIONNISTE

En rassemblant un choix d’œuvre des années 1979 à 2017 sous le titre "Je ne suis qu’une image", les commissaires de l’exposition nous font découvrir (ou redécouvrir) le travail d’un artiste contemporain de renommée mondiale qui nous conduit à nous interroger sur les enjeux de l’image photographique d’aujourd’hui : qu’en est-il de la vérité en photographie, quelles sont les conditions de sa perception, comment inventer de nouvelles configurations plastiques pour un monde actuel ?

Mais avant tout, laissons-nous aller au plaisir simple de la découverte. Le titre de l’exposition incite à un parcours dans la légèreté et la dérision (on pourrait l’entendre comme "jeu" ne suis qu’une image !), confirmé par le choix du visuel de l’affiche qui reprend une installation de 1979, Autant en emporte le vent (un visage de femme, immobile, apparaît sous les pales en mouvement d’un ventilateur). Nous entrerons alors dans le jeu de l’artiste : jeux de piste (cherchez la femme, série "argenterie et autres reflets", 1982) avec indices - jeux de mots (le dos de la cuillère , l’âme du couteau) ;

nous retomberons en enfance avec la maquette d’un bateau qui se déplace dans un chaos de miroirs colorés (le voyage du brise-glace, installation, 1982)

ou en reconnaissant ce petit jouet mécanique dans la série "Happy Day", 1986 ; nous frissonnerons rétrospectivement comme des gamins devant ce masque éclairé dans la nuit (lumières oubliées, 2017) ou devant ces empreintes de visages inquiétants en papier d’argent (auto-portrait sous le masque, 1992) ; nous resterons hypnotisés par les hommes dans les draps (photos et vidéo, 1989 – 2000),

fascinés et cloués, bouche bée devant l’apparition du monstre (vidéo, 2016).

Avec ces jeux d’ombre et de lumière, jeux de miroir, jeux de cache-cache, jeux de hasard, avec ces reflets et illusions, ses mises en scène, Alain Fleischer nous séduit, mais ce n’est pas un jeu de dupes, il nous a prévenus - je ne fais que des images ! - et sans trucage, sans effets ultérieurs de laboratoire, juste quelques ruses de "bricoleur".

Des images d’images projetées sur la réalité ; des images qui brouillent les pistes mêlant le matériel et l’immatériel. En artiste d’aujourd’hui, il nous rappelle que l’assujettissement de la photographie au réel n’est plus de mise : le photographe ne reproduit pas le réel, mais travaille avec. Toute l’exposition repose sur cette invitation à voir au-delà de la matérialité, l’image ne renvoyant plus à une réalité tangible, elle devient la source de sa propre réalité.

La révélation du monde par la photographie, l’interrogation sur le visible et l’invisible, la série "Happy Days" with… (Rembrandt, Velasquez, Rops, Goya et autres Cabanel), de 1986, sera à cet égard emblématique dans ses réponses plastiques. Des images d’images d’images - un grand jeu de déconstruction, de distorsion, de fragmentation par le stratagème d’un objet-miroir qui capte et contient l’environnement, par des contrechamps et hors-champs- . Et le temps… ? Rendre visible ce qui n’est pas visible à l’ œil nu, le problème n’est plus la fixation d’un instant mais « la trace d’un dépôt de temps sur une portion d’espace". Comme Hiroshi Sugimoto qui enregistre le temps d’un film sur un écran, Alain Fleischer laisse ouvert son appareil toute la durée du déplacement d’un jouet mécanique qui tire les ficelles d’un miroir, et en découvre avec nous les résultats.

Le temps comme un révélateur de l’image (Alain Fleischer est de la génération de la photographie argentique !) est une composante récurrente de son travail. En dissimulant la transcription de la phrase "je ne suis qu’une image" dans des simulacres d’objets (toujours ce côté ludique),

dague, arête de poisson, huîtres, plume…, il trouve le moyen de donner une réalité physique à ce qui est sans image, mais dont la durée est la condition essentielle : le son.

"L’apparition du monstre", 2016, sera l’œuvre qui marquera sans doute le plus les petits et les grands. Mais au-delà des effets spectaculaires, elle nous parle, par le biais des images animées des préoccupations de cet artiste, de ce qui sous-tend l’ensemble de son œuvre : la perception du monde est une succession de moments, de récits, de fragmentations ; comment reconstituer ce réel, sinon en le déconstruisant pour le rendre visible.

Une vision du monde, comme un théâtre ou un film, des jeux d’illusion, une défiance vis-à-vis de la réalité qui ne serait qu’une mascarade. Et pourtant, le réel existe, le photographe et son œuvre l’attestent.

Lilyane ROSE


HÔTEL DÉPARTEMENTAL DES ARTS
236 bd Maréchal Leclerc - Toulon
Tél : 04 83 95 18 40
Fax : 04 83 95 18 71

Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi
Entrée gratuite

https://hda.var.fr/


crédit photographique © Alain Fleischer
courtesy Hôtel des Arts

Par ordre d’apparition dans l’article :

"L’âme du couteau"
"Brise-glace"
"Homme dans les draps"
"L’apparition du monstre - cactus"
"Je ne suis qu’une image - arête "


Mise en page MF-Lequoy-Poiré



publié le 31 mai 2018

auteur(s) En diagonale /

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