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"L’HEURE IMMOBILE", exposition de Bernard PLOSSU à l’Hôtel des Arts, dans le cadre de Photomed

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L’HEURE IMMOBILE
par Lilyane Rose

Hôtel des Arts, Toulon, jusqu’au 18/06

Le festival Photomed, initié il y a 5 ans par la ville de Sanary, ne tient plus ses ambitions de petites rencontres photographiques à la manière arlésienne : nombre de lieux réduit, accrochages désastreux dans la ville, thématique approximative, le charme de la découverte des artistes dans des lieux parfois atypiques a été rompu et les amateurs déçus resteront sur leur faim.
Mais, heureusement...

Il y a Bernard PLOSSU à l’Hôtel des Arts de Toulon !

Un petit moment de bonheur calme dans un monde qui nous gave d’images grands formats, de clichés cibachromes sur Dibond et autres caissons lumineux...

Étonnant photo-voyageur que ce Bernard PLOSSU qui a parcouru le monde et peut refaire en train le trajet des Frères Lumière de Lyon à la Ciotat, ou nous donner un portrait de Marseille sans descendre des autobus qui sillonnent la cité. Des prises de vue de ces territoires lointains, Bernard PLOSSU et le commissaire n’ont retenu que celles des pays du pourtour Méditerranéen, donnant lieu à la fois à une exposition et une publication sous le magnifique titre/concept de « L’HEURE IMMOBILE ».

Ce qui nous déroute d’abord, et dans l’exposition, et dans le « catalogue », c’est l’absence de toute légende, lieux ou dates. Habitués que nous sommes à nous rassurer par un cartel, nous voici un peu perdus, à ne croire que nos yeux. Livrés à nous-même, nous entrons dans les images (d’autant que la plupart sont de petits formats qui nous obligent à nous rapprocher) et nous sommes contraints, seuls, de donner un sens à ses photographies muettes.

Bernard PLOSSU fait de la photographie. Il fixe sur le papier l’ordinaire du monde, avec son 50 mm, sans effets spectaculaires de prise de vue, en restant humble devant une réalité qu’il n’embellit, ni ne dramatise (il ne fonce pas un ciel par exemple, s’il est gris, il est gris). Des images où il n’y a pas grand chose à voir, des lieux inconnus et pourtant familiers : une boutique fermée, des constructions interrompues, une brique sur un chantier, un morceau de route avec un mouchoir froissé au bord d’un trottoir - du gris sur gris –. Des petits riens, comme pour nous mettre en garde contre le faux rêve du merveilleux. Il ne saisit pas la vie, ne cherche pas à comprendre le monde, mais à en collectionner des images. Ses photographies ne nous montrent pas la laideur, mais nous font trouver les choses belles. (Susan SONTAG rappelle que le physicien William TALBOT avait donné le nom de « calotype » à son procédé de négatif : kalos = beau ).

On peut être tenté, par jeu, de restituer le pays d’origine : la Grèce, une rue en Espagne, des palmiers à Nice ? Cependant, Bernard PLOSSU réussit à rendre ces lieux universels, immuables. Plutôt que des endroits, ce qu’il nous montre, ce sont des lieux de transition, des espaces intermédiaires : des voies ferrées, des friches urbaines, des palissades. Les portes sont closes, les ouvertures, des trous noirs, un arbre est coincé dans un mur en ruine. On ne voit pas au-delà, dans ses photographies ; même dans les paysages où l’horizon est présent, quelque chose bloque : un rocher, des cailloux, la proue d’un navire, la minuscule silhouette grise d’un bateau, une surface opaque, un jeu plastique de pleins et de vides. Ouvert dans un paysage nu, un portail ne mène nulle part... sinon peut-être à l’intérieur de nous même.

Toute photographie souligne le caractère périssable des choses, mais ici, dans cet assemblage de petites réalités, rigoureusement composé, il n’y pas de désordre, de chaos..., il ne se passe rien ; juste un petit décalage, petit basculement des verticales et des horizontales, parfois, pour perturber nos certitudes. Mais le véritable attrait de ces photographies provient du fait que Bernard PLOSSU est capable de nous faire éprouver, non pas le passage du temps, qui est le propre de n’importe quelle photographie, ni même l’instant, mais l’arrêt du temps. Avec sa façon de s’emparer des lieux et de photographier l’immobilité triomphante mais poignante des choses, il produit des images qui ne sont pas tant des supports de la mémoire que la possibilité d’en tenir lieu, et même de l’inventer.


www.hdatoulon.fr/
236 bd Général Leclerc, Toulon



publié le 15 juin 2017

auteur(s) En diagonale /

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