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LE CENTRE POMPIDOU METZ #1

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Un symbole parisien essaime en province

Pourquoi parler dans "YAQUOI" d’un événement se situant à l’autre bout de la France ? Nous avons pensé que, s’agissant d’un événement muséal majeur, l’inauguration de ce nouveau centre d’art intéresserait particulièrement les lecteurs de cette chronique. Ayant eu la chance, mon ami lorrain Pierre van Tieghem, historien d’art, et moi, d’être conviés à la journée inaugurale, nous avons eu envie de vous conter l’histoire d’une naissance, de vous présenter la première exposition intitulée « Chefs d’œuvre ? », en insistant sur le ?, et de vous faire part de nos propres réflexions sur ce thème clairement philosophique. Et puis, peut-être la lecture de ces colonnes vous incitera-t-elle à visiter ce Pompidou bis, la ville de Metz, la région SarLorLux (1), riches de culture et d’histoire. Enfin, lorsqu’on sait qu’un tel événement a d’importantes retombées culturelles et touristiques* sur toute une région, on peut espérer (rêver) qu’il servira d’exemple et catalysera de grands projets pour la ville de Toulon impliquée en 2013 dans « Marseille Provence, capitale européenne de la Culture ». MFLP

*300 000 visiteurs du CPM en trois mois, nombre de touristes deux tiers plus nombreux par rapport à l’an dernier, venus de tous les continents !

Cet article vous sera communiqué en trois parties

I – LE PROJET, par Pierre van Tieghem

Réalisation et aboutissement

Après plus de trente d’ans d’existence, le Centre Georges-Pompidou demeure la référence internationale des lieux dédiés à l’art contemporain. À la fois musée et centre d’art, à la fois temple de la ressource documentaire et laboratoire des expérimentations artistiques, il est le creuset d’une alchimie vivifiante et stimulante. Mû par une constante dynamique d’innovation, il est la première institution culturelle nationale à créer une extension en province, le Centre Pompidou Metz (CPM), qui vient d’être inauguré.

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Centre Pompidou Metz
©Shigeru Ban Architects et Jean de Gastines/Metz Métropole/CPM/photomflp

On peut légitimement s’interroger sur le choix de la Lorraine et de Metz en particulier. Divers éléments de réponse peuvent être avancés. Le Ministre de la culture en fonction à l’heure de la décision, Jean-Jacques Aillagon, est lorrain. Or la Lorraine, envisagée dans le contexte du SarLorLux (1), est très pauvre en infrastructures « visibles » dévolues à l’art contemporain. Citons tout de même la Synagogue à Delme (centre d’art labellisé) et le Musée départemental d’art ancien et contemporain à Épinal (2). Metz tend à s’afficher comme la capitale lorraine des arts plastiques contemporains (3). La ville abrite le FRAC Lorraine, possède une école de Beaux-arts et a vu régulièrement s’y organiser des évènements importants dans le domaine. Permettant de répondre au MUDAM de Luxembourg (construit par Pei), que complète le Casino Luxembourg-Forum d’art contemporain, le CPM relève d’un choix politique audacieux non seulement national, mais aussi européen.

Tout comme la « maison-mère » en son temps, l’érection du CPM s’inscrit dans un vaste programme de réaménagement urbain. Mais à la différence de Paris, où le quartier du Marais est d’une forte densité et maillé d’un réseau serré, le quartier de l’Amphithéâtre à Metz est une zone périurbaine peu construite jusqu’alors. Les initiateurs du projet ont saisi cette opportunité pour concevoir un ensemble ouvert dont les différents bâtiments se tiennent à distances les uns des autres, confiant à la nature le rôle d’écrin. L’immense parc de la Seille (4) est en effet un des piliers principaux de ce programme.

Un concours de très haut niveau

Pour Jérôme Dourdin (5), en charge de l’étude préalable de faisabilité, l’extension du Centre Pompidou doit provoquer un impact architectural équivalent à celui créé trente ans auparavant par Piano et Rogers. À quoi s’ajoute désormais la démarche environnementale. Au concours international d’architecture lancé pour le projet, 157 équipes (de 15 pays) répondent par leurs candidatures malgré des délais très courts. Le jury composé de 17 membres (dont l’artiste Gonzales-Foerster et l’architecte Rogers) retient 6 équipes qui doivent livrer des projets aboutis. Le projet lauréat, largement plébiscité (14 voix sur 16) est signé de Shigeru Ban (Japon) et Jean de Gastines (France), associé (pour la phase projet) au Londonien Philip Gumuchdjian.
Le panégyrique des 6 finalistes donne la mesure du niveau de ce concours (6), dont l’extrême rapidité s’explique par la volonté initiale d’une inauguration en 2007, pour célébrer le 30e anniversaire du Centre Pompidou Paris et saluer l’arrivée du TGV à Metz.

Les lauréats

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Shigeru Ban et Jean de Gastines

Né en 1957 à Tokyo, Shigeru Ban fait ses études aux États-Unis de 1997 à 1982, à l’Institut d’architecture de Californie puis à la Cooper Union School of Architecture. Il fonde sa propre agence à Tokyo en 1985. Il s’est rendu célèbre par ses constructions en carton, telle la petite église imaginée à Kobe en 1995 (7).
Le français Jean de Gastines est né lui aussi en 1957, mais à Casablanca. Après des études en économie et en histoire à la Sorbonne (1975-1978), il se tourne vers l’École nationale supérieure des Beaux-arts (1978-1984) pour y préparer son diplôme d’architecte DPLG. Il fonde lui aussi sa propre agence en 1985. De sa production on retient principalement les aménagements de chais, de termes et ses constructions de centre de vacances (8).
Notons que l’un et l’autre ont déjà œuvré dans le domaine muséal, Ban imaginant le Nomadic Museum à New-York (2005) et de Gastines signant la très belle scénographie de l’exposition Les Arctiques au musée du Quai Branly (2008).
C’est en Alsace que s’est scellée leur collaboration autour de l’érection d’un immeuble pour la Cité manifeste à Mulhouse en 2004 (9). À partir de 2005, leurs deux agences sont officiellement associées pour les commandes françaises de Ban (10).

Le bâtiment

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Galerie 1, jeux de miroir
©Shigeru Ban Architects et Jean de Gastines/Metz Métropole/CPM/photomflp

Conformément au cahier des charges, le bâtiment se décline ainsi : 5 020 m_ de surface d’exposition, dont 3 galeries « tubes » rectangulaires (11) de 1 150 m_ chacune et la grande nef (1 200 m_). Comme à Paris l’entrée se fait par un vaste forum. L’ensemble intègre un auditorium de 144 places, un studio de création de 196 places (partie arrondie à l’arrière du bâtiment), un centre de ressources, des réserves, des bureaux. Café, restaurant et librairie-boutique complètent le tout.
L’extérieur est dominé par la flèche de 77 m (12). Le toit est supporté par des pieds « champignons » (11) recueillant les eaux pluviales. C’est précisément le toit qui confère au bâtiment un de ses plus grands charmes et qui a séduit le jury. En 1998, Ban achète à Paris, dans un magasin chinois de Saint-Germain, un chapeau chinois. Séduit par le caractère architectonique de cette structure de bambou sur laquelle est tendue une feuille de papier huilé imperméable, le CPM lui offre enfin l’occasion de construire un toit sur ce principe. La concrétisation n’a pas été une sinécure. C’est finalement l’entreprise Holzbau Amann (Allemagne) qui relève le défi après des études complexes.

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Les idées générales qui prévalent à cette architecture pourraient se résumer en quelques points. La transition progressive de l’extérieur vers l’intérieur, traditionnelle dans l’habitat japonais (13), est assurée par l’avancée du toit générant un espace couvert mais ouvert et par le sentiment de transparence qui s’impose d’emblée. À l’opposé d’un édifice hautain et imposant (comme le sont souvent les musées), le CPM est un espace accueillant et ouvert (volets de verre mobiles, par exemple).

Quelles œuvres dans cet écrin ?

Les collections du MNAM, au Centre Pompidou Paris, recèlent quelque 60 000 œuvres. Seules 1 300 peuvent être présentées simultanément. Le CPM ne possèdera pour sa part aucun fonds propre et appuiera sa programmation sur les emprunts faits au MNAM. La mission du directeur Laurent Le Bon (14) induit principalement la mise sur pied d’expositions temporaires. L’exposition inaugurale, intitulée Chefs d’œuvre ?, investit tout l’espace pour réunir 800 œuvres, logiquement issues des collections du MNAM (dont certains jalons historiques) mais confortées par des prêts d’autres institutions (15).

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Galerie 3, "Chefs-doeuvre à l’infini"/photoMFLP

Un formidable élan pour la Lorraine

Le CPM dote la Lorraine d’un vecteur culturel inégalable. Il ne se contente pas de pallier les lacunes d’équipements dédiés aux arts plastiques, il propulse la région aux avant-postes culturels et lui confère dorénavant une visibilité internationale dans le domaine. Gageons qu’il insufflera une vitalité dont profiteront les structures locales déjà existantes.

Metz y gagne notablement en prestige. Le CPM est le point de cristallisation d’une vaste réforme urbaine qui, accompagnée des équipements qu’elle induit, confère à la ville la stature d’une véritable capitale de région. L’image terne de ville de garnison est balayée au profit d’un modèle d’agglomération moderne et dynamique. Metz offre, avec une certaine avance, un exemple pertinent de ce que le renforcement de la décentralisation va permettre : doter les régions de véritables « capitales ». Ce développement implique une pleine collaboration entre les différents partenaires institutionnels. Soulignons que « l’aventure » CPM a fédéré dans le même élan Ville de Metz, CA2M (communauté d’agglomération), Conseil général de la Moselle et Conseil régional de Lorraine malgré les couleurs politiques divergentes de leurs responsables, avec le soutien de l’État et de l’Union européenne (Feder).

Si l’intérêt rejaillit sur l’ensemble de la Lorraine, l’économie messine est la première à bénéficier de la présence du CPM. Il est encore trop tôt pour en mesurer avec précision les retombées sur le commerce, l’hôtellerie et la restauration, mais les premiers chiffres avancés font état d’une progression de l’ordre de 30%.

Pierre van Tieghem

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- (1) Sous ce sigle, trois contrées frontalières se sont rapprochées pour développer des projets communs et favoriser les échanges dans tous les domaines (industrie, commerce, culture, sport, etc.) : le Land de la Sarre (Allemagne), la Région Lorraine, le Grand Duché de Luxembourg.
- (2) Premier musée d’art contemporain de tout le quart nord-est de la France à voir le jour (1992).
- (3) Nancy et Metz rivalisent pour l’hégémonie en Lorraine. Dans le domaine culturel, la prédominance de Nancy est clairement affirmée pour le théâtre et la musique (elle accueille notamment l’Opéra de Région).
- (4) Signé des paysagistes Jacques Coulon et Laure Planchais, superficie : 20 hectares.
- (5) J. Dourdin a travaillé sur le programme du Grand Louvre de Pei.
- (6) Les 5 autres finalistes :
*Lars Spuybroek (Rotterdam), agence NOX
*Dominique Perrault (architecte de la Bibliothèque nationale de France)
*Foreign Office Archiects (Londres) associé à Urbanisme Architecture Projets (Paris). FOA (terminal international du port de Yokohama) conçoit stade et parc olympique des Jeux 2012 à Londres
*Herzog & De Meuron (Bâle) : aménagement de la Tate Modern dans l’ancienne centrale de Bankside à Londres
*Stéphane Maupin et Pascal Cribier (Paris). Architecte paysagiste, Cribier a réaménagé le parc des Tuileries
- (7) Dimensions : 10m x 15m. Lieu de culte provisoire pour les victimes du tremblement de terre. Construite par 160 volontaires en 5 semaines (démontée en 2005 puis reconstruite à Taiwan dans l’hiver 2006-07).
- (8) Notamment : chais Pauillac (Gironde, 1993), termes de Jonzac (Charente-Maritime) et Center Parc Bois des Harcholins (Moselle) inauguré peu après le CPM.
- (9) C’est un quartier dévolu à l’habitat social dont les bâtiments, de taille humaine, sont conçus par des architectes de talents. Respect des contraintes budgétaires et audace architecturale en font un pôle expérimental exceptionnel, observé par le monde entier.
- (10) Entre autres : Centre d’interprétation du canal de Bourgogne (Pouilly-en-Auxois, 2005), Pavillon Vasarely (Aix-en-Provence, 2006).
- (11) Dixit de Gastines (interview au Centre Pompidou Paris).
- (12) Pour rappeler 1977 (inauguration du Centre Pompidou Paris).
- (13) On sait quelle influence notable une telle caractéristique a pu avoir chez un architecte tel que Frank Lloyd Wright (cf. maison Kaufmann à Bear Run, USA, 1936).
- (14) Formé à l’Institut d’études politiques de Paris puis à l’École du Louvre. Ses précédentes fonctions au Château de Versailles (Président : J.-J. Aillagon) le conduisent à être le commissaire de l’imposante exposition Murakami qui s’y tient actuellement (préparée de longue date, inaugurée le 14 septembre 2010, ouverte jusqu’au 12 décembre 2010).
- (15) Musée du Louvre, Musée du Quai Branly, MUDAM (Luxembourg), Fondation Beyeler (Suisse), MoMA (New-York).]]

Crédit photographique : MFLP, Courtesy Centre Pompidou Metz et Shigeru Ban & Jean de Gastines, architectes.


publié le 20 décembre 2010

auteur(s) En diagonale /

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