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"LE MUSÉE ÉPHÉMÈRE" EXPOSITION COLLECTIVE À LA VILLA TAMARIS, LA SEYNE SUR MER

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JEU(X) DE (DE) CONSTRUCTION(S) . MORCEAUX CHOISIS

"LE MUSÉE ÉPHÉMÈRE" À LA VILLA TAMARIS, exposition avec Buraglio, Bouillon, Buren, Cadere, Cane, Collin-Thiébaut, Dezeuze, Fleischer, Armand Gette, Grand, Jaccard, Lefevre, Le Gac, Meurice, Pagès, Pane, Parant, Pignon-Ernest, Pincemin, Rutault, Saytour, Titus-Carmel, Valensi, Viallat

JEU(X) DE (DE) CONSTRUCTION(S) . MORCEAUX CHOISIS

"Un Musée Ephémère" au Château de la Roche-Guyon, telle a été la proposition faite à JEAN LE GAC en 2009. Aujourd’hui, c’est la Villa Tamaris qui reçoit à son tour une partie des œuvres qu’il a réunies avec la complicité des amis de sa génération. Sa génération : c’étaient les années 70 en France.

Confier le soin de rassembler des œuvres pour un musée, même éphémère, à un artiste qui a inscrit régulièrement en 1999 sur ses dessins et peintures : "comment ça va la mort de l’art", et donner ainsi l’occasion à tous ces artistes de rejouer les gestes de désobéissance fondateurs de leurs œuvres (œuvres qui ont posé et posent encore des interrogations sur nos critères en matière d’art), c’est forcément s’attendre à une "exposition-discours". Dans les années 70, la question est récurrente : qu’est-ce que l’art et qu’est-ce qui ne l’est pas ? de quelle façon nous est-il nécessaire ?... Les recherches de SUPPORT(S) SURFACE(S) les ont conduits à réfléchir sur la convention du tableau, sa matérialité. En s’appropriant tous les matériaux possibles et imaginables, ils sont allés chercher l’art là où on ne l’attendait pas : un art ancré dans le réel. Mais plutôt que de saisir le réel, ils ont choisi d’investir la réalité ; souvent de manière provocante, incongrue, ironique, choquante pour certains. Leurs recherches ont quelques choses de systématique, d’obstiné ; ils vont jusqu’au bout des règles qu’ils se sont données. L’art est un jeu ; jouons avec l’art.

Oeuvres de Toni Grand, Jean-Pierre Pincemin, Daniel Dezeuze

Comme dans la démarche scientifique, le jeu et la créativité sont au cœur de l’art. Jouer, c’est un désir de questionner, d’explorer l’inconnu, tenter de comprendre, prendre des risques, défier, s’émerveiller et surtout découvrir. Et ils ne se privent pas de jouer, tous ces artistes. Mais d’abord, il faut établir des règles.

Dès 1967 PIERRE BURAGLIO pose des limites, interdit : "impossible de figurer, exprimer, un tableau n’est pas l’image de quelque chose : [c’est] une chose". Peintre sans peinture ni pinceaux, il récupère des matériaux, bricole, assemble des petits riens. Dans l’expérimentation permanente, ses œuvres sont comme des puzzles. Construire. Démolir. Reconstruire.

Oeuvres de Bernard Pagès, Claude Viallat, Pierre Buraglio

ANDRE CADERE, lui aussi, s’était donné une règle du jeu. Son œuvre matérielle depuis 1970, ni peinture ni sculpture, les deux à la fois, s’apparente au prototype du plus basique des jeux de construction : "des barres de bois rond, assemblage de segments peints dont la longueur égale le diamètre. Une erreur est systématiquement incluse dans la succession des différentes couleurs. [Elle] peut être posée, apportée avec soi, appuyée, accrochée etc. La présence d’un mur n’est plus déterminante.". Tout est dit. Avec efficacité, il a montré que l’art est partout et nulle part. Comme BUREN qui, lui aussi, remet en question le statut et les limites de l’art, inventant ses propres règles, radicales (des bandes verticales de 8,7 cm de large en deux tons alternés, du blanc et une autre couleur) joue à construire /déconstruire, même des "cabanes".

Carnet de Jean-Claude Lefèvre

Du jeu encore ; et même un double jeu avec les "Trois rébus d’après les statements de LAWRENCE WEINER" : (1992) GERARD COLLIN-THIEBAUT est un artiste recopieur de première qui s’empare sans vergogne des œuvres des autres (aussi bien plastiques, littéraires, que musicales). Pour le Château de la Roche-Guyon, il a exposé entre autres une de ses "transcriptions" : "Velasquez (Diego Rodriguez da Silva y), la Vénus au miroir, transcription", 1992. Un de ces puzzles achetés dans le commerce, reproduisant des peintures célèbres, cadre compris. Ecoutons-le : "la réalisation d’un puzzle est en tout point identique à la peinture traditionnelle, tant pour ses problématiques de formes, de couleurs, de cadre et de durée, pièce après pièce, touche après touche". En 1990, il a fabriqué une chambre "acousmatique", un box dans lequel on entre pour écouter la bande son du film de Jean Renoir… La règle du jeu ! Ici, pour les "Trois rébus", il pratique un jeu subtil de mise en abyme : ce qu’il fallait trouver, c’est ce que LAWRENCE WEINER dit dans ses "énoncés" de 1968 : "L’artiste peut réaliser la pièce. La pièce peut être réalisée par quelqu’un d’autre. La pièce ne doit pas nécessairement être réalisée". Le tout traduit par de ridicules petits dessins et jeux de mots du plus conventionnel des rébus. Mais un jeu de construction par strates, ou de poupées russes, destiné, en brouillant les pistes, à nous mettre en garde contre la trop grande évidence de ce que nous voyons. Déconstruire le regard.

Installation de Claude Rutault

On pourrait s’amuser à pousser plus loin la métaphore ; on ne manquerait pas de trouver d’autres puzzles, d’autres emboitements (1), des jeux de pistes avec pertes de repères (2), des jeux de hasard (3), d’autres jeux de construction (4), de cache-cache (5), des jeux de boules (6), de bac à sable (7) et même des jeux interdits ! (8)….

Oeuvres de Patrick Saytour

Terminons par le maître d’œuvre : JEAN LE GAC est un reporter infatigable qui donne existence à une œuvre au conditionnel, sans cesse projetée et en même temps passée. L’exposition de la Villa Tamaris s’ouvre sur "le tombeau du peintre de mon enfance" (2012) et une vidéo "Jean Le Gac, artiste peintre" (1973). Le parcours autobiographique, où la fiction devient la réalité de sa vie d’artiste, est un sujet de prédilection chez Jean LE GAC. La pièce exposée au Château de la Roche-Guyon, "la chasse au trésor" (2007), plus emblématique de son travail, combinait des textes et des photographies séparés dans l’espace, sans linéarité mais en relation mentale. Cette absence voulue de logique entre le signe iconique et le signe linguistique est un procédé récurrent chez LE GAC qui fait de cette combinaison un instrument adéquat pour porter au niveau de la conscience un processus psychologique non représentable visuellement. Les allusions ou suppositions laissent le spectateur/lecteur libre de les formuler grâce à sa propre imagination – le jeu de "construction", c’est à nous de le faire. Que nous dit-il : "l’art, c’est toujours ça. Toujours ça a un rapport avec l’énigmatique. Ça fixe nos yeux sur un visible que nul commentaire n’élucidera de fond en comble, même si ce commentaire est donné par le peintre (…) il y a dans le visible quelque chose qui n’est pas réductible aux mots."

Par exemple, mais pas seulement, et pas forcément dans cet ordre !
1) Jean-Michel MEURICE, Gérard TITUS-CARMEL
2) Jean-Claude LEFEVRE, Patrick SAYTOUR
3) Claude VIALLAT
4) Bernard PAGES, Daniel DEZEUZE
5) Claude RUTAULT, Louis CANE, Ernest PIGNON-ERNEST
6) Jean-Luc PARANT
7) Gina PANE
8) Christian JACCARD, Paul Armand GETTE

Texte : Lilyane ROSE
Présentation : MF LEQUOY

Crédit photographique, courtesy Villa Tamaris TPM, images libres de droit (nous aurions aimé vous illustrer cette importante exposition beaucoup plus amplement, mais les appartenances ADAGP nous l’interdisent... alors, le mieux est d’aller voir l’exposition, par bus, bateau ou à pied...)
Crédit photographique MFLP

Jusqu’au 23 mars – Sauf les lundis et jours fériés, 14h-18h30- entrée gratuite
Villa TAMARIS - CENTRE D’ART
AVENUE DE LA GRANDE MAISON - LA SEYNE SUR MER
www.villatamaris.fr

Superbe catalogue pouvant faire partie de votre bibliothèque, rayon histoire de l’art, les années 70 (du siècle dernier)


publié le 30 janvier 2014

auteur(s) En diagonale /

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