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Le grand Sean Scully à l’Hôtel des Arts de Toulon

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Nul doute : Sean Scully , peintre de renommée internationale, né en Irlande, ayant vécu à Londres puis à New York, fait partie des grands peintres actuels, dans la lignée d’un Rothko, d’un Matisse ou d’un Cézanne, ses maîtres. Il est l’un des derniers (vision officielle et improbable selon laquelle la peinture serait obsolète, donc morte) ou premiers (vision réaliste et problable, selon laquelle la peinture, art éternel et universel, serait en pleine re-naissance) artistes à suivre la voie d’un expressionnisme sensuel et spirituel.

Après avoir goûté à un art minimaliste, conceptuel, Sean Scully a pris conscience que l’homme était indissociable de son humanité, donc de ses émotions, de sa sexualité, de sa spiritualité, et c’est en véritable humaniste, et avec générosité, simplicité et humour, qu’il s’exprimait devant une bonne soixantaine de personnes, le lendemain du vernissage : « Si, dans une œuvre, on retire l’émotion pour ne laisser que le sens, il n’y a plus d’art », « Donald Judd ? j’aime bien, mais je trouve qu’il y a trop de modules : je préférerais un seul module, avec des jambes, cela ferait une table ». A la question « avant de commencer une œuvre, planifiez-vous l’agencement de vos bandes ? », il répond : « non, car si on s’en tient à l’ordre et la structure du départ, on devient fasciste et il ne reste plus qu’à tuer ce qui ne rentre pas dans l’ordre ». En 1995, il disait aussi : « Et comme nous le savons bien, l’histoire de l’art du 20ème siècle va vers le nihilisme et la démolition. Duchamp en est un exemple évident…à mon avis, on est arrivé au point où l’art a perdu sa capacité de communiquer ».

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Sea Wall

Et c’est bien l’art de communiquer par la peinture que Sean Scully entretient avec passion, je dirais même engagement. Et c’est aussi l’envie de « changer la pierre en lumière », comme Monet avec ses cathédrales, que l’artiste nous exprime à travers ses peintures faites de vibrations de couleurs, de relations et dialogues entre formes premières (simples rectangles agencés en bandes), de zones d’incertitude et de transparences laissant voir les diverses émotions qui ont construit la toile à travers le temps [1], d’ouvertures sur l’extérieur et de non hiérarchie des motifs (all over), et d’un format fait pour envelopper l’être humain. C’est aussi cette envie de transformer le monde par le Beau [2], cette notion devenue souvent suspecte et inutile, notion que Scully ressuscite à travers ses immenses toiles. Comme cela fait du bien de voir du beau, du sensible, du vibrant, du grand, oui cela fait du bien. Sean Scully nous annoncerait-il une nouvelle voie pour l’art du 21ème siècle, si celui-ci ne veut pas de se perdre ou disparaître sur les chemins déjà explorés et parfois usés du concept, du minimalisme, de l’installation duchampienne, du nombrilisme psychotique. Sean Scully ne redonne-t-il pas à l’art sa fonction première, celle que lui avaient attribuée nos ancêtres de Lascaux ?.

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Sea Wall - détail

Il y a tellement à dire sur l’œuvre de Scully, que je m’arrêterai là, et que je vous incite très fortement à vous déplacer jusqu’à l’hôtel des Arts. Cher internaute fidèle, je vous ferais la confidence que j’ai rencontré pour la première fois l’artiste en 1996 au Luxembourg, puis à la Galerie du Jeu de Paume à Paris, et maintenant à la galerie Lelong, et ce fut un coup de foudre comme j’en ai parfois, et je ne me lasse pas de voir sa peinture - dommage que la hauteur de mon plafond et mon budget ne soient pas à la hauteur. Je vous incite à acheter le catalogue, l’interview de l’artiste est passionnant (on aurait aimé les couleurs plus fidèles aux tableaux). Prix : 16 euros.


publié le 12 avril 2008

auteur(s) En diagonale /

@@@@@ (c’est la première fois en trois ans que j’ai envie de mettre mes 5 arobases, toujours subjectives, j’en conviens)

[1] Comparez la reproduction sur le catalogue de la toile intitulée Sea Wall, et la toile elle-même qui se touve au premier étage, vous discernerez des différences entre la prise de vue et l’exposition, l’artiste a recouvert tout récemment de gris certaines bandes. Probablement attristé par les événements du mois d’avril, il a tenu a dire son émotion.

[2] Et pourtant - ou à cause de cela -, Sean Scully, peintre solitaire, ne figure pas dans l’indispensable guide « Groupes, Mouvements, Tendances de l’art contemporain depuis 1945 » édition ensb-a 2003 ; il est ignoré par les « beaux-arts » ! Copie à revoir ! Ou nom de l’école à changer ?

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