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Mijotons -M-

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Extraits de la conférence de presse de -M-, île du Gaou

L’équipe de Yaquoi a rencontré Matthieu Chedid avant son concert sous les pins de l’île du Gaou. Pas de pastis mais quel apéro !

1. L’écriture d’un -M-orceau

M : Ca part d’une émotion comme ça, d’un thème ou d’un mot ou d’une phrase, d’une formule, et à partir de là, j’essaie de développer autour quelquechose avec vachement de jeux. Ce qui m’amuse, c’est de jouer avec les mots, avec les sons, et avec le sens. J’essaie toujours en tout cas que même la chanson la plus superficielle en apparence ait toujours un fond, c’est-à-dire qu’il y ait plusieurs lectures dans chaque chanson. Ce qui est sympathique, c’est que ça dépend de l’auditeur. S’il s’investit peu, il n’en a que la première lecture ; et si tu t’investis plus, tu peux en avoir d’autres lectures. C’est ça qui est assez intéressant dans une chanson, c’est qu’elle peut paraître aussi rose bonbon qu’elle est en fait profonde à l’intérieur. Ca dépend de l’investissement que tu mets dedans.

2. Sexualité, sensualité, animalité

M : Oui, y a évidemment ce qui est dans l’être humain. Moi j’aime bien revenir à un côté animal des choses. Je crois fermement qu’un chanteur, même un acteur, doit avoir ce côté animal et instinctif pour qu’à un moment y ait un "lâché prise". Faut arriver à ce que ça nous échappe encore une fois. C’est sur scène que je me sens le plus animal. Y a des fois où je pousse des cris comme ça, je sais pas trop d’où ça sort. Ca me plaît parce que ça m’échappe à moi-même. Y a un côté animal, quoi. Dans l’écriture, le sexe, la sensualité, ç’a un rapport aux autres, qu’on a eu nous tous. Evidemment ça s’insère sur certains fantasmes, certaines envies, un truc humain profond et sincère dans les morceaux, dans n’importe quoi, et ça fait partie des lectures de certaines chansons. C’est une manière aussi de jouer avec ça parce qu’une chanson reste dérisoire, y a un jeu un peu obsolète tout compte fait. C’est rigolo de lui ramener plusieurs couches. Ca peut autant parler à un enfant qui va voir un truc très ludique dans la chanson qu’à quelqu’un de plus pervers qui croit à un aspect plus phallique [NdR : l’aspect phallique est une allusion à une journaliste freudienne qui lui avait posé la question].

3. La communication du personnage -M-

M : Le personnage permet de théâtraliser, de mettre un décor et un emballage à ses émotions, de rajouter des paillettes à de l’intime (...). Tu mets en scène en fait ton intimité. Mais je crois qu’il n’y a aucun intérêt à raconter ton intimité à soi, mais plus son expérience humaine, c’est-à-dire qu’à un moment, plus tu zoomes dans ton intimité plus tu t’aperçois que c’est universel parce que tout le monde vit la même chose. Donc bizarrement c’est souvent - je pense à des chansons qui racontent un détail - des choses qui sont très anecdotiques que personne n’a vécu mais ce détail-là, le fait qu’il soit seulement vécu, ben, ça va parler beaucoup plus aux gens qu’une chanson généraliste. Y a un moment où faut pas avoir peur de jouer dans une émotion précise parce que c’est là que ça touche les gens. Je crois que c’est important à un moment dans ces métiers un peu égocentriques où tu parles de ta vie, qu’à un moment aussi ce qui est intéressant, c’est qu’on est [NdR : ait ?] juste des exemples. Je pense être un récepteur comme chaque artiste. (...) Y a certaines personnes qui ont la chance de bien le gérer, de bien le retranscrire. On a tous en nous ce truc-là, c’est-à-dire qu’à un moment, on peut tous retranscrire une émotion et puis des gens arrivent à mieux la diffuser que d’autres.

4. Risque de grosse tête ?

M : Je suis né un peu dans l’envers du décor. Je suis né dans les bouts de scotch et je vois toute la mécanique de tout ça [le showbiz]. Bizarrement, c’est grâce à ma vie que rien ne me bluffe. Je suis en total respect avec ce qui se passe, j’essaie de profiter de l’instant présent mais je ne suis pas bluffé parce que je suis dans un sentiment d’éphémère. C’est pas des quiproquos mais c’est une sorte d’accidents. Le succès est comme un accident puisque l’insuccès est beaucoup plus courant que le succès. Donc j’ai juste envie de profiter de ça, de me dire que ça va sûrement glisser comme ça s’arrêtera demain. Donc profitons de l’instant présent et restons humbles puisque de toute façon, voyons les choses dans le temps, c’est pas parce qu’aujourd’hui ça se passe bien que... Il faut toujours relativiser et puis surtout être à la hauteur d’une attente, d’une demande des gens qui sont là miraculeusement pour venir te voir. Il faut être à la hauteur de ça déjà, ça te prend vachement d’énergie. Le reste, ça passe après. Mais bizarrement y a un dédoublement, c’est-à-dire que je ne mélange pas ce que je suis sur scène et ce que je suis dans la vie. Je me sens très anonyme bizarrement dans ma vie de tous les jours.

5. L’adhésion du public à l’univers -M-

M : C’est un peu miraculeux. J’ai toujours évité d’ennuyer les gens. Et quand on dit "je vais voir un concert", on veut voir c’est-à-dire qu’à un moment, on écoute beaucoup avec les yeux. L’image est très importante. Elle l’a toujours été, et elle l’est de plus en plus. Donc je pense effectivement, si à un moment mes textes font chier la personne, s’ils aiment pas ma voix, s’ils aiment pas ma musique, s’ils aiment pas mon look, s’ils aiment pas mon décor... Y a un côté complet dans le spectacle, même si les disques marchent bien, je pense que mon vrai succès passe sur scène. C’est la scène qui fait que je vends des disques. L’émotion vraie est sur scène, avec l’équipe qui m’accompagne. On se prend pas trop la tête, on est là pour passer un bon moment. Y a de bons musiciens, y a un spectacle, on repart avec des images, des émotions. Les concerts sont plus ou moins inspirés mais en tout cas, y a l’envie de faire un peu rêver les gens et réveiller l’instinct enfantin qu’on a en nous.

6. Vie privée / vie publique

M : Je la conjugue bien parce que je ne la mélange pas. J’ai pas envie de mélanger les deux, je me sens moins à l’aise quand je suis avec ma petite fille ou ma femme, où j’ai l’impression que quand je me retrouve en famille que l’histoire est finie, que c’est une autre vie. J’ai une double vie, ça c’est certain. J’ai la chance d’être un peu le patron en ce moment donc j’arrive à gérer un peu le planning. C’est vrai que c’est parfois très intense mais y a des breaks faits pour ça. [...] J’ai le sentiment de vivre - si on vivait plusieurs vies - de vivre la plus belle, d’avoir la chance d’être né au bon endroit, au bon moment, et vivre des choses intenses, et d’arriver à les vivre d’une manière humble, en tout cas sans trop m’enflammer.

7. Un Labo-M 2 en projet ?

M : Peut-être ouais, Là on est entrain, on fait souvent des concerts un peu clubs (Clermont, Bataclan, on va en faire d’autres) et c’est vrai qu’y a beaucoup d’impros en live avec le groupe. Donc j’avais peut-être envie de faire un Labo-M live, ouais, juste qui soit les meilleurs moments improvisés dans les clubs.
[De l’électro ?] Y aura de ça mais un peu de tout. L’électro est une parie qui est plus lié à Shalom qui fait beaucoup d’électro. Moi c’est vrai que l’électro, j’ai pas envie de tomber dans l’opportunisme de l’électro et de la musique de jeunes, et de la musique un peu branchée où d’un coup tu réalises : t’as une boîte à rythme, ça c’est un peu superficiel. Donc il faut toujours que ce soit pour des raisons valables. Les styles musicaux nous tombent dessus plus par hasard que par envie. On a toujours un passage électro sur scène parce que c’est une manière pour Shalom de faire sa musique, parce que c’est vraiment son univers ; mais voilà, j’ai pas envie de tomber non plus dans le côté opportuniste des ces musiques-là qui sont souvent un peu des musiques modernes et plus branchées. Et moi je me sens tellement pas branché que faut que ça reste cohérent avec. Dans les instrus, dans les impros, y a de l’électro aussi, mais c’est pas ma culture vraiment. Moi je suis plus de la pop music que de l’électro au départ.

8. Sa chanson à lui préférée

M : C’est très délicat pour moi parce que chaque chanson contient vachement d’histoire. Y a de l’histoire de la chanson, de l’écriture de la chanson et pourquoi j’ai fait la chanson mais y a aussi comment je l’ai enregistrée. Y a vachement d’affectif autour d’une chanson. Ce serait un peu comme me dire : "t’as plusieurs enfants, lequel tu préfères ?". Ce serait un peu ce côté-là, c’est-à-dire qu’à un moment, chacun a ses défauts, ses qualités mais en même temps, je suis attaché à toutes ces périodes de vie. J’ai pas envie de renier quoi que ce soit. J’ai envie d’accepter tout en bloc. Comme chez un artiste, souvent j’ai du mal à disséquer ce que fait la personne, ce qu’il est avec ses défauts, ses qualités, plus que commencer à dire : "J’aimais bien cette période, moins celle-là". On a tous des préférences mais généralement j’aime bien accepter la personne entièrement. Donc je m’accepte de la même manière. J’ai du mal à sélectionner les chansons. C’est comme quand on parle et qu’on me demande : "quelle est ta chanson préférée des Beatles ?", je suis un peu mal à chaque fois.

9. -M- en collaboration avec d’autres artistes

M : Y a malheureusement trop de projets, j’ai du mal à tout faire. Dans les choses concrètes, y a une chanson pour le film "Arsène Lupin" avec Seb Martel. J’ai fait une reprise aussi de Nino Ferrer parce qu’ils font un hommage à Nino Ferrer [NdR : qui devrait sortir dans quelques mois] et que je fais partie des fans de Nino Ferrer. C’est un morceau que s’appelle "Je vends des robes". On a fait un morceau avec Kent. Ca a été un peu accidentel ; on s’est retrouvé par hasard et en très peu de temps, on a fait un morceau. Je suis vraiment musicien avant d’être chanteur. J’ai toujours besoin d’apprendre avec les autres. Ca restera toujours en moi d’aller voir ailleurs pour apprendre.

10. Bande originale

M : Je ne fais que les chansons de films, je n’ai jamais fait encore de musiques de films, ce qui est un autre métier. J’ai essayé de le faire sur "Blanche" de Bernie Bonvoisin [NdR : leader de Trust, réalisateur du cultissime "Les démons de Jésus"]. J’avais envie d’alléger le film alors que Bernie avait envie de le durcir. On n’avait pas du tout envie de l’amener au même endroit et donc ça s’est pas fait pour ces raisons-là. Faire de la musique à l’image, je ne sais pas si aujourd’hui j’en suis capable parce que parfois la musique écrase trop l’image. Y a vraiment un truc à doser que j’ai pas réussi à faire jusqu’à maintenant. J’aimerais beaucoup le faire un jour, mais ça prend beaucoup de temps aussi et le temps me manque pour l’instant.


publié le 12 avril 2008

auteur(s) Julien /

Propos retranscrits par Julien
Retrouvez le compte-rendu du concert

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