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LE PAYSAGE EN QUESTION AU CENTRE D’ART CONTEMPORAIN DE CHATEAUVERT

21 octobre, par En diagonale

LE PAYSAGE EN QUESTION Centre d’Art Contemporain- CHATEAUVERT 8 juillet – 26 novembre 2017 Décidément, les expositions présentées au Centre d’Art Contemporain de CHATEAUVERT méritent toute notre attention. Après des interrogations sur les problématiques de l’Art Brut – " Art Brut y-es-tu ?" en partenariat avec l’atelier du Centre Hospitalier de Pierrefeu du Var – c’est la peinture de paysage qui est en question. Le commissaire d’exposition Gilles ALTIERI, en nous donnant à voir les œuvres de huit artistes contemporains de nationalités et générations différentes, nous interpellent sur ce genre qui, peut-être plus que les autres, draine des idées reçues. Pour la plupart d’entre nous, un tableau de "paysage", c’est d’abord un lieu, une vue, un panorama… entre la carte postale et la peinture romantique ou impressionniste. Il y aura bien sûr, des lieux, des vues, des panoramas dans l’exposition, les cartels le disent : le grau du Prévost – 2016 (Vincent BIOULÈS), le champ de Provence – 1984 (Guy de MALHERBE), même un panorama de 190 x 300 cm sans titre – 2016 (Koen Van den BROEK), des paysages 130 ou 97 – 2016 . 2011 (Jérémy LIRON), des paysages traversés - 2016 (Serge PLAGNOL), mais aussi d’énigmatiques sans titre – 2000 (Per KIRKEBY), Yellow plane – 2016 (Koen Van den BROEK), ou le muscle du Printemps – 2016 (Vincent BIOULÈS). On découvre en fait, qu’avec les artistes d’aujourd’hui il y a partout du paysage digne d’être contemplé et il faut se défaire du paysage appris. Un morceau de chaussée, un banal portillon d’immeuble, une souche moussue, tout est "paysageable". Oui, mais… peindre un paysage n’est-ce pas d’abord peindre la NATURE, le végétal, les montagnes… ? C’est bien ce que font les artistes, mais le regard de Per KIRKEBY ou de Guy de MALHERBE sur la nature n’a rien d’édénique. Pour eux, peindre un paysage c’est faire émerger des forces invisibles : l’attraction terrestre, les pressions, les mouvements d’une nature qui a ses lois, chtonienne – La Mère Nature "- une nature plus en profondeur qu’en surface" comme disait Cézanne, et tout aussi inquiétante chez BIOULÈS avec la formidable poussée de vie qu’il exprime sur la toile du muscle du Printemps – 2016. Per KIRKEBY, Guy de MALHERBE, TURNER et les autres ne confondent pas nature et "paysage". Le tableau de paysage n’est plus " une partie de pays que la nature présente à un observateur" (Robert), une espèce de toile de fond qui accompagnerait nos déambulations, mais une mise en scène autonome, une tentative de comprendre l’organisation du monde, répondre à son désordre. Une manière de voir, avant une manière de faire. Oui, mais… un "paysage", c’est bien un "territoire qui s’étend jusqu’où la vue peut porter" (Furetière) ? C’est donc exprimer un espace ? La profondeur, la perspective, la troisième dimension ne sont plus d’actualité comme à la Renaissance pour représenter l’immensité du monde. Ici, plus de lointains, d’infini, peu de ciel, mais des horizons bouchés, de la frontalité, le fond est monté à la surface, le paysage contemporain s’est détaché du "pays". Le fond ne faisant qu’un avec la surface de la toile, l’espace est confondu avec celui de la peinture, exclusivement. Tous les tableaux exposés ici, en sont l’évidente démonstration. Regardez les toiles de BIOULÈS, par exemple, regardez comme il nous leurre avec ses jeux de "perspective", où l’illusion de la profondeur et la frontalité sont simultanées ! Et celles de Koen Van den BROEK où la "vue ne porte" qu’à ses pieds, nous renvoyant la chaussée à la figure ! Et jusqu’où porte la vue chez Arthur AILLAUD qui fait des images d’images capturées sur des écrans et combinées avec Photoshop ? Le paysage est aussi un lieu de permanence et de changement, d’immobilité et de mouvement, un lieu d’errance et de passage. Les paysages traversés de Serge PLAGNOL ont été physiquement parcourus, mais ce sont d’abord des prétextes à des affrontements plastiques de formes et de couleur ; tout comme les caniveaux et les bordures de trottoirs qui traversent violemment les toiles de Koen Van den BROEK ; on pourrait dire d’eux, comme quelqu’un l’a dit à propos des tableaux de Vincent Van Gogh, qu’ils "provoquent la marche". Mais le paysage, comme lieu de transition vers un ailleurs, le plus subtil et le plus touchant est celui des toiles de Tshuta KIMURA. Et pourtant pas de "ressemblance" immédiate, mais la conviction d’une vision intime, d’un regard intériorisé sur l’univers des réalités ordinaires. Par des superpositions, des plans arbitraires, des effacements, les traces du geste, il fait errer notre regard qui se perd dans un enfoncement sans fin. Prenant en compte non seulement l’espace, mais le temps, le moment, il nous amène à une prise de conscience tranquille de notre appartenance au monde. Le paysage désormais ne se laisse plus limiter par une ligne d’horizon, n’est plus un "coin" du monde. Les artistes de cette exposition, après plusieurs siècles d’histoire de l’art, n’hésitent pas à transformer le réel pour mieux en restituer, à leur manière, la vérité. La vérité du paysage est d’abord une vérité picturale, le tableau de paysages d’autrefois est devenu "UN PAYSAGE" – " je suis un peintre moderne. Je peins des tableaux, pas des paysages…" proclame Per KIRKEBY (in post-face Le Paysage Pornographique – 1998). " Le paysage en question", ou : quelles questions se poser pour comprendre, voir un paysage ? Une exposition tautologique à voir absolument.

Lilyane ROSE

LE PAYSAGE EN QUESTION Centre d’Art Contemporain- CHATEAUVERT 8 juillet – 26 novembre 2017 Décidément, les expositions présentées au Centre d’Art Contemporain de CHATEAUVERT méritent toute notre attention. Après des interrogations sur les problématiques de l’Art Brut – " Art Brut y-es-tu ?" en partenariat avec l’atelier du Centre Hospitalier de Pierrefeu du Var – c’est la peinture de paysage qui est en question. Le commissaire d’exposition Gilles ALTIERI, en nous donnant à voir les œuvres de huit artistes contemporains de nationalités et générations différentes, nous interpellent sur ce genre qui, peut-être plus que les autres, draine des idées reçues. Pour la plupart d’entre nous, un tableau de "paysage", c’est d’abord un lieu, une vue, un panorama… entre la carte postale et la peinture romantique ou impressionniste. Il y aura bien sûr, des lieux, des vues, des panoramas dans l’exposition, les cartels le disent : le grau du Prévost – 2016 (Vincent BIOULÈS), le champ de Provence – 1984 (Guy de MALHERBE), même un panorama de 190 x 300 cm sans titre – 2016 (Koen Van den BROEK), des paysages 130 ou 97 – 2016 . 2011 (Jérémy LIRON), des paysages traversés - 2016 (Serge PLAGNOL), mais aussi d’énigmatiques sans titre – 2000 (Per KIRKEBY), Yellow plane – 2016 (Koen Van den BROEK), ou le muscle du Printemps – 2016 (Vincent BIOULÈS). On découvre en fait, qu’avec les artistes d’aujourd’hui il y a partout du paysage digne d’être contemplé et il faut se défaire du paysage appris. Un morceau de chaussée, un banal portillon d’immeuble, une souche moussue, tout est "paysageable". Oui, mais… peindre un paysage n’est-ce pas d’abord peindre la NATURE, le végétal, les montagnes… ? C’est bien ce que font les artistes, mais le regard de Per KIRKEBY ou de Guy de MALHERBE sur la nature n’a rien d’édénique. Pour eux, peindre un paysage c’est faire émerger des forces invisibles : l’attraction terrestre, les pressions, les mouvements d’une nature qui a ses lois, chtonienne – La Mère Nature "- une nature plus en profondeur qu’en surface" comme disait Cézanne, et tout aussi inquiétante chez BIOULÈS avec la formidable poussée de vie qu’il exprime sur la toile du muscle du Printemps – 2016. Per KIRKEBY, Guy de MALHERBE, TURNER et les autres ne confondent pas nature et "paysage". Le tableau de paysage n’est plus " une partie de pays que la nature présente à un observateur" (Robert), une espèce de toile de fond qui accompagnerait nos déambulations, mais une mise en scène autonome, une tentative de comprendre l’organisation du monde, répondre à son désordre. Une manière de voir, avant une manière de faire. Oui, mais… un "paysage", c’est bien un "territoire qui s’étend jusqu’où la vue peut porter" (Furetière) ? C’est donc exprimer un espace ? La profondeur, la perspective, la troisième dimension ne sont plus d’actualité comme à la Renaissance pour représenter l’immensité du monde. Ici, plus de lointains, d’infini, peu de ciel, mais des horizons bouchés, de la frontalité, le fond est monté à la surface, le paysage contemporain s’est détaché du "pays". Le fond ne faisant qu’un avec la surface de la toile, l’espace est confondu avec celui de la peinture, exclusivement. Tous les tableaux exposés ici, en sont l’évidente démonstration. Regardez les toiles de BIOULÈS, par exemple, regardez comme il nous leurre avec ses jeux de "perspective", où l’illusion de la profondeur et la frontalité sont simultanées ! Et celles de Koen Van den BROEK où la "vue ne porte" qu’à ses pieds, nous renvoyant la chaussée à la figure ! Et jusqu’où porte la vue chez Arthur AILLAUD qui fait des images d’images capturées sur des écrans et combinées avec Photoshop ? Le paysage est aussi un lieu de permanence et de changement, d’immobilité et de mouvement, un lieu d’errance et de passage. Les paysages traversés de Serge PLAGNOL ont été physiquement parcourus, mais ce sont d’abord des prétextes à des affrontements plastiques de formes et de couleur ; tout comme les caniveaux et les bordures de trottoirs qui traversent violemment les toiles de Koen Van den BROEK ; on pourrait dire d’eux, comme quelqu’un l’a dit à propos des tableaux de Vincent Van Gogh, qu’ils "provoquent la marche". Mais le paysage, comme lieu de transition vers un ailleurs, le plus subtil et le plus touchant est celui des toiles de Tshuta KIMURA. Et pourtant pas de "ressemblance" immédiate, mais la conviction d’une vision intime, d’un regard intériorisé sur l’univers des réalités ordinaires. Par des superpositions, des plans arbitraires, des effacements, les traces du geste, il fait errer notre regard qui se perd dans un enfoncement sans fin. Prenant en compte non seulement l’espace, mais le temps, le moment, il nous amène à une prise de conscience tranquille de notre appartenance au monde. Le paysage désormais ne se laisse plus limiter par une ligne d’horizon, n’est plus un "coin" du monde. Les artistes de cette exposition, après plusieurs siècles d’histoire de l’art, n’hésitent pas à transformer le réel pour mieux en restituer, à leur manière, la vérité. La vérité du paysage est d’abord une vérité picturale, le tableau de paysages d’autrefois est devenu "UN PAYSAGE" – " je suis un peintre moderne. Je peins des tableaux, pas des paysages…" proclame Per KIRKEBY (in post-face Le Paysage Pornographique – 1998). " Le paysage en question", ou : quelles questions se poser pour comprendre, voir un paysage ? Une exposition tautologique à voir absolument.

Lilyane ROSE



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