Jusqu’au 28 août, vous pourrez voir l’exposition de « sculptures », « parures » et autres « pièces d’attention », vêtements suspendus ou posés, chaque composition étant mise en lumière et en relief par une lampe minutieusement choisie. Exposition inédite et ambiance insolite, qui éveilleront votre sensibilité et votre réflexion sur l’habit, seconde peau. Le texte suivant, écrit par Florence Sarano, vous plonge dans ce monde de parures, de mémoire du corps aussi, ce monde créé, vécu et offert par Sophie Menuet.
»SOPHIE MENUET / LE SOUFFLE DE VERRE
APPARITION
Au Japon, le « ma » est une voie initiatique. Ce concept signifie : stimuler les énergies potentielles pour les transformer en réalité. Le « ma » se vit au quotidien dans chaque création : la cérémonie du thé, l’architecture, les kimonos, le théâtre No, les bouquets et les arts martiaux. Ainsi, il peut être dans l’intervalle entre deux corps ou deux moments, dans la tension entre les paroles ou le silence entre deux accords, dans l’espace entre les parois, dans l’interstice entre la peau et le vêtement... Élan ou distance, silence ou intervalle c’est là que se révèle le travail de l’artiste.
Telle une cérémonie minutieusement mesurée chacune des installations, des oeuvres de Sophie Menuet fait apparaître de nouvelles réalités.
RESPIRATION
Ses vêtements suspendus à l’ombre du jardin puis à la lumière artificielle semblent venir d’ailleurs sans jamais avoir bougé. Laissant l’histoire s’enfuir, ils traversent la mémoire collective des apparences.
Entre chaque pièce d’étoffe se tissent les espaces du possible. Dans leurs distances au corps, rapprochement ou éloignement, se joue le théâtre des mouvements du temps. Alors se déplacer avec ce vêtement c’est le faire disparaître et le transformer en une parure. A l’intervalle de la peau et la matière, des souffles se créent comme autant de respirations, rythmes d’une course, d’un envol éventuel pour disparaître.
DISPARITION
La mémoire peut être un fragment qui parle de cet autre : le corps ou son souvenir. Elle dit l’attention à celui qui était l’origine du vêtement. Elle se construit du provisoire : napperons, bonnets, broderies rassemblant les ultimes traces pour ne pas les perdre. La mémoire transforme, elle se fertilise pour donner naissance à d’autres pièces fossiles. Ainsi les œuvres trouvent toujours leur place dans la prochaine histoire vécue par chaque visiteur.
Quand la disparition devient un lieu de passage une voie, chaque création marque le chemin.
Au Japon, on dit que l’âme réside dans la manche du kimono.
Florence Sarano. 2004

