La villa Tamaris et la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence proposent durant l’été une double exposition rétrospective sur l’œuvre de Nicolas Schöffer, artiste visionnaire, pionnier, utopique, magicien, ingénieur et ingénieux, théoricien du mouvement, penseur de la société, Jules Verne de l’art, tous ces qualificatifs lui ont été attribués à juste titre : il aura été à l’origine d’un des mouvements artistiques les plus innovants et marquants de la seconde moitié du 20ème siècle : l’art cybernétique, cet art qui englobe l’art optique (où l’oeuvre bi-dimensionelle acquiert sa troisième dimension uniquement par le truchement d’effets optiques), et l’art cinétique (où l’œuvre s’émancipe du temps et se met en mouvement). Nicolas Schöffer créa ainsi la notion de spatio-lumino-chrono dynamisme où, comme les mots l’indiquent, espace, lumière et temps deviennent interdépendants. Autrement dit, la lumière et les sculptures se mettent en mouvement et créent une sorte de ballet optique.
Et il sera aussi l’un des premiers à explorer la voie de l’interactivité spectateur-œuvre, cette voie aujourd’hui tellement empruntée par les artistes multimedia qui utilisent les techniques informatiques ou technologiques. Nicolas Schöffer étudiera les modalités de perception de ses œuvres et les comportements du spectateur face à l’œuvre d’art.
Il sera également l’un des premiers à vouloir donner à ses œuvres une dimension architecturale et urbaine et proposera plusieurs projets polysensoriels de grande ampleur destinés à s’intégrer dans la ville et à la rendre vivable. Pour exemple, cette immense tour Lumière Cybernétique dessinée en 1963 qui, tel un phare en mouvement, aurait illuminé les tours de la Défense et qui n’a malheureusement pas vu le jour. ( trop utopique, trop en avance ?) et sa maquette du trou des Halles qui redevient aujourd’hui bien d’actualité. Certains de ces grandioses projets ont vu le jour, comme la tour cybernétique de Liège (1961), 56 mètres, 66 miroirs tournants, 120 projecteurs colorés. Liège fut également le centre d’un de ses grands spectacles luminodynamiques multimedia interactifs avec chorégraphies et compositions musicales.
Nombreux sont les projets qui sont restés à l’état d’épure, mais le chemin était tracé, et l’œuvre de Nicolas Schöffer, peut-être trop en avance sur son temps, pourrait aujourd’hui passer de l’état de vision à l’état de réalité grâce aux techniques et matériaux nouveaux. Et c’est ce que nous montre ces expositions réalisées grâce à la volonté de Madame Schöffer qui veut donner un nouvel élan à l’œuvre de son mari. L’œuvre de Nicolas Schöffer est plus que jamais d’actualité. Expositions à voir et à savourer, à explorer et imaginer, à re-créer.
« Le rôle de l’artiste n’est plus de créer une œuvre, mais de créer la création » , aimait dire Nicolas Schöffer, les temps présents lui donneront raison.
Nicolas Schöffer, 1912(Hongrie) - 1992 (Paris) ; voir biographie complète
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Illustrations courtesy Villa Tamaris, Fondation Vasarely et Mme Schöffer
Expositions @@@@@ Villa Tamaris à La Seyne sur mer, Fondation Vasarely à Aix en Provence
