« MARIE-MADELEINE CONTEMPORAINE » AU MUSÉE DES ARTS DE TOULON : un dialogue entre art contemporain et art sacré
Nous avons souvent parlé dans ces colonnes de l’art comme appel à la contemplation et la méditation, ou comme rappel de nos racines d’une mythologie fondatrice, ou encore comme vecteur d’interrogation et de transformation par le regard : l’art va là où les mots s’arrêtent, vers l’indicible, et ici, à Toulon, vers le sacré. Cette exposition sur le thème de Marie-Madeleine s’affiche clairement comme une exposition d’art sacré. Elle n’est pas montrée dans un des temples de la religion, elle est proposée dans un temple de l’art, au cœur de la ville, elle est là pour tous, et c’est bien. Parce que le thème de la vie de Marie-Madeleine peut se lire par nos contemporains de toutes religions ou sans religion, elle est de tous temps, universelle par son aspect profondément humain.
Marie-Madeleine, cette femme prostituée qui a tant aimé l’amour et la chair, Marie-Madeleine cette femme pardonnée et convertie aux pieds du Christ qu’elle a baignés de larmes, Marie-Madeleine présente au pied de la croix et pleurant Celui qui l’a transformée, Marie-Madeleine se dirigeant dans une barque vers sa mission d’évangélisation de la Provence, Sainte Marie-Madeleine priant Dieu dans la grotte de la Sainte-Baume, Marie-Madeleine rappelant à tout instant que notre corps de chair et de cheveux est le chemin de vie, de révélation, d’amour, vers le salut.
Quatorze artistes, et non des moindres, ont été sollicités pour donner leur version contemporaine de Marie-Madeleine. Si le thème a été traité avec divers médiums (peinture, installation, sculpture, photographie et vidéo), il n’en reste pas moins que l’unité de l’accrochage et la disposition des salles renforcent cette notion de temple propice à l’émotion et à la méditation : au fond d’une salle, comme un retable, une croix de gouttes de sang en cristal entourée de larmes de cristal nous interpelle sur la douleur et sur l’espoir de lumière (Hélène Mugot), sur les côtés, les « chapelles », avec les peintures lumineuses de Najia Mehadji et d’Eric Dalbis, les peintures iconiques de Jean-Pierre Pincemin et de Philippe Cognée, dans un angle, la statue drapée de Marie-Madeleine (Orlan), dans l’entrée des dessins et gravures d’Eric Dalbis et de François Righi. Dans la tribune extérieure, semblable à un cloître, l’installation de cristal et de verre de Jean-Marc Cerino met face à face les différents visages de Marie-Madeleine avec la vanité et la mort, tandis que la sculpture de Pierre-Edouard magnifie un corps en total déséquilibre, (vers un envol ?).
Dans l’autre salle, une sorte de chemin de vie vers la sainteté nous offre 15 postures de Marie-Madeleine, semblables et différentes à la fois, car en partie cachées, jusqu’à la posture entièrement dévoilée (Suzanne Lafont) ; deux immenses photographies de Marie-Madeleine, l’une femme tragique et obscure, l’autre femme avec enfant, claire, nous troublent profondément (Jean-Luc Moulène) ; au fond, une improbable barque surgissant, entre ciel et terre, se reflétant dans un miroir, nous suggère le passage d’un lieu à un autre, d’un état à un autre (Marc Couturier) ; enfin, une vidéo sur grand écran de Tania Mouraud nous fait balancer entre le silence contemplatif du lac de Tibériade et le mouvement incessant et actif d’un flot humain montant une rue de Jérusalem, sur fond sonore inoubliable.
Attention, il ne s’agit pas d’une simple illustration du thème de la vie de Marie-Madeleine remise au goût du jour, non, cette exposition d’art sacré est là pour nous aider à saisir l’indicible, l’inaudible, l’invisible. C’est là sa mission, mission accomplie !
Cette exposition a vu le jour grâce à l’association Espace-Temps et Création, et la ville de Toulon est la première ville à l’accueillir. Ensuite, elle sera produite à Lille et dans d’autres grandes villes. Une installation de Penone dans la grotte de la Sainte Baume viendra ponctuer ce voyage en 2005.
Les 25 et 26 août, au musée d’Art de Toulon une journée d’études sur la figure de Marie-Madeleine vous sera proposée, avec, comme participants Alain Tapie, conservateur au Palais des Beaux-Arts de Lille, Françoise Gaillard, philosophe, Isabelle Renaud-Chamska, docteur ès-lettres, M.H. Decis Lartigau, musicologue, Annie Delay, historienne de l’art, commissaire de l’exposition, Louis Deledicq, fondation Dubuffet, en présence des artistes Sylvie Blocher, vidéaste, J.M. Cerino, Eric Dalbis, Pierre-Edouard
Inscription gratuite mais obligatoire au musée d’Art de Toulon 04 94 36 81 01,
rendez-vous à ne pas manquer.
Beau catalogue au prix modique de 15 €.
Voir aussi sur ce site l’article : « Marie-Madeleine Contemporaine », vernissage...
Photographies Courtesy Musée des ARts de Toulon
L’exposition Marie-Madeleine contemporaine mérite vraiment les @@@@@ !



