JEAN-MARIE CARTEREAU EXPOSE À TAMARIS : "MON HISTOIRE NATURELLE - 1980 - 2013" -

OU JEAN-MARIE CARTEREAU CÔTE JARDIN

Exposistion Jean-Marie Cartereau à la Villa Tamaris Centre d’Art

JEAN-MARIE CARTEREAU CÔTE JARDIN

A la Villa TAMARIS PACHA, Jean-Marie CARTEREAU expose plus de trente ans de dessins, peintures, sculptures ; trente années donc d’une vie d’artiste plasticien résumées sous un titre au léger goût d’oxymore "Mon Histoire Naturelle".

Petite piqure de rappel scolaire : L’HISTOIRE, c’est l’étude scientifique d’une évolution, d’un passé, impliquant des mémoires, des aventures. NATUREL(LE), toujours selon le dictionnaire : décrit ce qui se trouve dans la nature, n’a pas été modifié, donne l’impression de vérité ; L’HISTOIRE NATURELLE étudie, décrit les corps observables dans l’univers et sur le globe terrestre ; ses champs disciplinaires : la botanique, la géologie, la minéralogie, la zoologie. Encore un détail pour NATUREL(LE) : qui n’est pas dû au travail de l’homme, n’est pas le fruit de la pensée…

Jean-Marie CARTEREAU est un jardinier. La preuve : des titres de séries planches botaniques 1981 – Jardins potagers – 1985 – Serres portatives – 1983/87 – La peau des fleurs … Sa démarche est scientifique, elle relève de la botanique. Il collecte, observe, fait des collages, des assemblages comme on écussonne ; peut-être même avec l’espoir que l’œuvre devienne vivante ! Son image du monde est ainsi relue dans la profusion des propositions en une sorte d’inventaire des possibles. Et le prodigieux tient aussi au fait que les images produites ne sont pas "de synthèses" mais réalisées avec un savoir-faire, un artisanat délibérément affirmé qui nous laisse toujours autant fasciné depuis Jérôme BOSCH ou ARCIMBOLDO.

Une aventure quasi encyclopédique qui n’a rien de cacophonique. Dans ses jardins potagers, d’étranges légumes germent et croissent, mais ligaturés, contraints ; des œuvres sont sur-encadrées, des paysages mis en boîtes, comme si un rangement, un stockage, une conservation étaient nécessaires pour que l’artiste interroge ses connaissances, pour que l’œuvre reste lisible, car ce monde-là est un monde de fiction ; il y a ce qu’on voit et ce qui est caché, ce que l’on sait et ce qu’on imagine. Où situer la frontière entre le réel et l’imaginaire, entre le biologique et le culturel ? Jean-Marie CARTEREAU va constamment jouer sur le brouillage de la réalité, nous perturber, mais sans nous tromper. Il va même jusqu’à intituler une série "les faux semblants – 1992-1996".

Nous sommes des spectateurs avertis, nous sommes au théâtre, le lieu de l’illusion par excellence. Il se joue devant nous des danses, des combats, des drames, il est question de vie, de mort, de passé, de futur. Les "acteurs" ont l’élégance des marionnettes balinaises, faussement libres car toujours reliées au cadre et à leur manipulateur. Nous sommes bien au spectacle. Comme par des rideaux de scène fortement présents, les œuvres sont limitées par des cadres où se logent des éléments en volume prolongeant la fiction dans le réel. Je peux toucher ces cadres, en déplacer des fragments ; mais je sais bien qu’au théâtre les poulets sont en cartons et que je suis en présence d’une vraie fausse réalité, et je manipule avec plaisir, ces chausse-trappes qui nous feraient croire qu’on peut voir au-delà des choses, jeter un œil curieux dans les coulisses, même avoir l’illusion de pouvoir agir sur l’œuvre. Je suis bien encore au théâtre avec les "paysages en boîtes – 2002-2012" faits d’une succession de plans frontaux peints sur verre où la profondeur est vite atteinte, ou devant "les petits mondes" théâtralement mis en espace. Toujours ce système clos à la Kafka, de faux espaces ouverts où les horizons sont bas comme sur la scène, au ras des spectateurs, avec des "acteurs" au premier plan et en légère contre-plongée. Même la lumière est artificielle, souvent crépusculaire, elle vient de nulle part. Et on pourrait prendre pour des didascalies ce fragment d’un poème de Daniel FAUGERAS illustré en 2003 par Jean-Marie CARTEREAU.
"14 Janvier – nuit de gèle. Nuit blanche
L’obscurité s’évapore
Ombre sympathique"

Unité de temps, de lieu, d’action… Jean-Marie CARTEREAU fouille dans l’épaisseur du temps, remonte aux sources de la création. Dans l’organisation bien huilée de cette espace théorique, peu de place aux bruits ; des cris muets, peut-être quelques chuintements de carapaces, le silence figé sera seulement rompu un instant par nos "bravos" Monsieur CARTEREAU.

Lilyane ROSE

Crédit photographique et présentation MF LEQUOY

Jusqu’au 3 Novembre – SAUF les lundis et jours fériés
Villa TAMARIS - CENTRE D’ART
AVENUE DE LA GRANDE MAISON - LA SEYNE SUR MER
www.villatamaris.fr

Posté le 11 octobre 2013